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Abominable

Summary:

Derek s'achète un chalet dans la montagne, pour avoir son chez-lui, au milieu de la nature. Il va peu à peu s'apercevoir qu'il n'est pas tout seul dans ce joli coin perdu.

Notes:

  • A translation of [Restricted Work] by (Log in to access.)

Cette fic est la traduction du petit bijou tout chou écrit en anglais par Revenant, qui m'a autorisée à la traduire il y a de ça deux ans. Thanks a lot, Revenant! Sorry for the wait...

L'histoire est en attente depuis plus de deux ans dans mon ordi (oups) et il faut que je la finisse, parce que je n'aime pas ne pas finir. Donc, bon, bref, même si à la base, c'est un one-shot avec un épilogue, je l'ai découpée en plusieurs chapitres. J'espère que ça me motivera à la finir dans des délais raisonnables. Je ne promets rien, mais n'hésitez (surtout) pas à me harceler pour que je publie le reste régulièrement.

Je n'ai pas de relecteur/relectrice, donc si quelqu'un se le sent, pareil, n'hésitez pas. J'ai tumblr pour des raisons obscures (https://www.tumblr.com/blog/cipounette). S'il y a des erreurs horribles ou si la terminologie de Teen Wolf n'est pas respectée, svp, n'hésitez pas non plus. Je me répète beaucoup.

J'arrête de parler, bonne lecture (on espère).

Chapter 1: Chapitre 1

Chapter Text

 

 

Avant de conclure l’affaire, Derek montre le chalet à son alpha.

— C’est pas un chalet ça, Derek. C’est une cabane, l’informe sombrement Laura en sortant de sa Camaro noire rutilante. Tu es en plein milieu de la montagne, qu’est-ce que tu vas faire l’hiver quand il va neiger ? Tu vas être coincé, ici !

—Il faut juste rénover un peu, se défend-il, et l’isolement, c’est ce qui fait la moitié de son charme.

Il fait claquer sa main sur un des poteaux qui supportent le toit du porche et un craquement inquiétant se fait entendre ; il laisse retomber sa main à ses côtés et répond au sourcil critique de sa sœur par un rictus.

— Je vais tout rafraîchir, lui rappelle-t-il. Fais gaffe à la marche.

Laura saute la marche, hoche la tête d’un air entendu à la manière dont le porche entier penche dramatiquement sur la droite et grimace alors qu’elle sort presque la porte moustiquaire de ses gonds en l’ouvrant. Elle soupire.

— Il faut plus qu’un rafraîchissement là, Derek.

— Tu ne peux pas juger juste sur le porche, ça a été rajouté plus tard et mal construit. Le reste du chalet est solide.

— Cabane, corrige Laura dans sa barbe, mais tout de même assez fort pour que Derek l’entende parfaitement. J’ai remarqué que tu n’as rien dit sur comment tu avais prévu de gérer l’hiver. Isolé. Tout seul. Sans ton alpha ou ta meute.

Dans son dos, il lève les yeux au ciel.

— J’ai un pick-up, je peux gérer la neige. La route principale qui descend vers la ville est régulièrement déneigée. (Il ne lui dit pas que parfois, quand il y a de grosses chutes de neige, la route n’est pas déneigée jusqu’à ce que les conditions se soient améliorées.) Je ferai des réserves de conserves et je peux toujours chasser si ça devient vraiment rude.

Il lui montre la pièce à vivre ; elle n’est pas encore meublée mais son potentiel saute aux yeux Il y a un foyer en état de marche dans une cheminée à l’habillage en pierre bien travaillé, le plancher a l’air un peu miteux, mais il est sûr que le bois est encore correct, on n’en a juste pas pris soin pendant longtemps. C’est une maison style bungalow, avec une cuisine-salle à manger et un comptoir de bar, un salon et une salle de bain avec toilettes, juste un peu défraîchie. Deux chambres, dont une que Derek prévoit d’utiliser comme bureau.

— Bon, ça, ça va pas le faire, dit Laura. Où est-ce que je suis censée dormir quand je viens te voir ? Il faudra que tu construises une extension avant de transformer la deuxième chambre.

Le commentaire fait sourire Derek, parce que ça veut dire que sa sœur se fait à l’idée. Il sait exactement ce qui va finir de la convaincre.

—Le chalet est peut-être petit, mais il est vendu avec une parcelle de terre assez grande.

Il l’amène dehors et fait ensuite le tour jusqu’à l’arrière, où une avancée rocheuse offre un panorama incomparable.

— Tout ce que le soleil touche est à toi ? se moque Laura.

Sous leurs yeux, un ciel de printemps bleu clair, un soleil brillant, des forêts se déployant le long du versant et une route traversant les arbres, telle une cicatrice. Il tend la main vers la ville en contrebas, identifiable par son église blanche en bois perchée sur une petite colline. Une rivière traverse son terrain.

— Et je n’ai même pas encore fait le tour de toute la propriété. C’est parfait pour les pleines lunes.

— Ça a l’air sympa, admet sa sœur à contre-cœur, mais c’est toujours isolé.

Derek pousse un soupir.

— La ville est à trois quart d’heures. C’est pas si loin.

Malgré le paysage pittoresque, la région n’est pas très prisée par les touristes. Il a eu l’impression que les habitants n’étaient pas très habitués à voir de nouveaux visages. Derek n’est pas exactement le genre de personne qui se fait facilement des amis, mais il est plutôt confiant quand il dit à sa sœur :

— Ce sont de bonnes personnes.

Laura n’a pas l’air convaincu.

— Derek, quand j’ai descendu la rue principale en voiture, presque tous ceux que j’ai vus se sont arrêtés de faire ce qu’ils faisaient pour me fusiller du regard.

— Ta voiture est un peu tape-à-l’œil pour le coin.

— J’aime ma voiture, l’interrompt-t-elle. Et ces connards feraient mieux de s’y habituer parce que je vais traverser leur petite ville flippante avec ma voiture aussi souvent que possible, parce que j’ai l’intention de venir te voir, Derek. Beaucoup. J’espère que tu es préparé... Il n’y a pas de loups-garous ici, soupire-t-elle.

— Je suis ton béta, Laura. Je vis peut-être dans un autre État, mais c’est toujours vrai. Je ne vais pas devenir sauvage.

— Je ne parle pas de toi devenant sauvage. Tu vas courir chaque pleine lune ici tout seul. Et s’il t’arrivait quelque chose ? Et si tu avais besoin d’aide ? La meute n’est pas vraiment à côté. Je ne suis pas vraiment à côté !

— Ça va aller, je vais m’en sortir, lui dit-il, y ayant déjà réfléchi. Les autorités ne veulent peut-être pas le reconnaître, mais j’ai entendu des hurlements l’autre nuit. Il doit y avoir des loups dans les parages. Avec ma transformation complète, personne n’aura de raison de croire qu’il y un loup-garou ici. Les chasseurs ne viendront pas me chercher.

— Les gens chassent aussi les loups ordinaires, tu sais, souligne Laura, dubitative.

— C’est ce dont j’ai besoin, là, lui dit Derek. J’ai déjà établi des contacts avec quelques magasins du coin, ils m’ont dit qu’ils seraient ravis de vendre mon travail. Entre ça et la rénovation, je serai occupé. Et le calme... ça va me faire du bien.

Elle le regarde d’un air sceptique.

—Tu sais qu’on peut être trop isolé, Derek.

Il ne la croit pas, mais se tait.

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Laura reste en ville jusqu’à ce que les papiers soient signés et que Derek soit officiellement propriétaire.

— Tiens-moi au courant de chaque détail de tes travaux, lui ordonne-t-elle avant de partir. Je suis sérieuse. À la seconde où je n’ai plus de nouvelles, je ne réponds plus de rien.

J’amènerai toute la meute et on prendra d’assaut ta petite forteresse de solitude.

Il n’apporte pas grand-chose avec lui, juste un sac avec ses habits et sa trousse de toilette. Il y a quelques photos qu’il a gardées et qu’il fait encadrer. Il veut que son chalet soit une vraie maison, mais son côté pratico-pratique se rend très bien compte qu’il n’est pas très rationnel d’acheter des meubles quand il y a tant à faire à l’intérieur. Il achète donc un sac de couchage plutôt qu’un lit.

Après sa première nuit passé tout seul dans son chez-lui, il envoie à sa sœur une photo de son duvet froissé posé devant le foyer vide et noir de suie, laissant volontairement le carton à pizza et quelques cannettes de bière hors du cadre.

Deux minutes plus tard, son téléphone sonne.

— Tu plaisantes, Derek ? le salue Laura quand il répond. Je reviens immédiatement.

Il rit.

— Je commence le sol aujourd’hui. Une fois que j’aurai fini de chasser la poussière, je penserai à acheter un lit, je te promets.

— N’essaye pas de me rouler, je te préviens.

Elle s’inquiète pour lui. Elle s’inquiète depuis qu’ils ont quitté Beacon Hills il y a sept ans, avec un simple sac à dos rempli des quelques souvenirs qu’ils avaient réussi à sauver et d’une grosse indemnisation, sans parler de toutes les assurances vie. Ça ne sert à rien de lui dire qu’il va bien, qu’il ne s’est jamais senti aussi bien depuis longtemps. Il opte donc pour un simple :

— Je t’enverrai des photos.

Il travaille toute la journée, se fait un sandwich pour le déjeuner et s’y remet. Avant de se coucher, il lui envoie une photo de son plancher, proprement poncé désormais, avec en légende « Demain : teinture et cirage. »

Elle lui répond : « Continue comme ça. »

La deuxième photo que lui envoie Derek est un de ses tiroirs qu’il a rempli de flyers pour de la nourriture à emporter. Elle n’est pas aussi impressionnée.

Ça dure comme ça pendant un moment. Derek est stimulé par un grisant sentiment de productivité. Plus qu’avoir quelque chose à faire, il a l’impression qu’il travaille pour quelque chose qui a du sens. « C’est ma maison », se surprend-t-il à penser et il éprouve un sentiment de fierté à chaque fois que ça lui arrive. Ça l’aide à surmonter les moments frustrants de la rénovation, à se concentrer sur sa tâche.

Il a emménagé à la fin de l’hiver et alors qu’il travaille, la saison commence à changer, la neige et la glace laissant place à la terre boueuse et au renouveau. Quand il sort pour faire une pause, il respire profondément jusqu’à ce que l’odeur de poussière ait disparu et il peut alors humer la naissance du printemps dans l’air. Ça a un aspect symbolique.

 

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Il y a une empreinte dans la portion de boue de son allée. On dirait presque un pied humain, si ce n’est sa taille. C’est gigantesque ; presque trois fois la taille de son empreinte à lui.

À environ cinq centimètres des marques d’orteil se trouvent cinq triangles courbés qui font un trou dans la terre : des griffes.

C’est perturbant à voir. Derek n’est pas au courant de l’existence de loups-garous alpha dans la région qui pourraient laisser une telle trace. Il n’est pas au courant de l’existence de loups-garous dans la région tout court. Quand il hume l’air à cet endroit, rien ne semble hors de l’ordinaire, juste l’odeur froide de la neige fraîche qui se mêle à celle de la boue fondue et humide. Un loup-garou laisserait une odeur qu’on pourrait pister.

Un loup-garou aurait aussi laissé des empreintes dans la neige et pas que dans la boue, mais même quand Derek regarde de près, il n’y a que les contours d’un pied gauche enfoncé dans la boue, entre deux congères.

 

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Sa sœur arrive en avion vers la fin du printemps, trois mois après l’installation de Derek dans son chalet.

— Ah, maintenant, c’est un chalet, déclare-t-elle en sortant de sa voiture de location.

Il y a un nouveau porche avec une balancelle qui continue de craquer, malgré tous les efforts de Derek. La porte moustiquaire et la porte d’entrée ont toutes les deux été remplacées.

— Montre-moi l’intérieur !

— Tu as déjà vu l’intérieur, dit Derek avec une fierté à peine dissimulée. Je t’ai envoyé des photos.

— Montre-moi, sourit Laura en nouant son bras au sien.

Toutes les fenêtres ont été remplacées, le plancher étincelle presque et il a des meubles.

— Regarde-moi ça. On dirait presque que quelqu’un pourrait vivre ici, le taquine sa sœur.

Il y a des chaises et un canapé dans le salon, de nouveaux luminaires, des étagères et une table basse. La cuisine a été complètement refaite et il y a de nouveaux équipements en inox. La vieille salle de bain a été démontée, tout est nouveau. Il a un vrai lit dans sa chambre.

— Il y a des oreillers, des draps et tout ! dit Laura.

Elle parle comme Gepetto après avoir découvert que Pinocchio était devenu un vrai garçon. Derek se sentirait insulté s’il n’était pas trop occupé à faire le beau.

— Où est ma chambre ?

Derek se gratte la nuque, penaud.

— Euh, à propos de ça…

La deuxième chambre a été transformée en bureau. Il y a des étagères jusqu’au plafond qui sont en bonne voie d’être remplies, un bureau avec un ordinateur, un fauteuil de lecture rembourré et un canapé convertible.

— Pas de souci, dit joyeusement Laura. Je prends ta chambre pendant qu’on travaille sur l’extension.

 

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En mai, toute la meute débarque. Derek récolte des regards noirs de la part des habitants quand il va en ville pour faire des courses mais Bethanie, la propriétaire du motel, n’a pas arrêté de sourire, donc Derek suppose que les affaires n’ont jamais aussi bien tourné. La meute ne reste pas très longtemps, mais assez pour qu’au moment où elle s’en aille, il ait un garage et un atelier, ainsi qu’une extension de trois pièces, dont une chambre pour les invités.

— Et par chambre pour les invités, tu veux dire ma chambre, se moque Laura avec un sourire suffisant.

Derek pousse un soupir exagéré et lève les yeux au ciel, mais il est secrètement ravi de ces développements. Son tout nouveau toit ne fuit pas et il n’y a plus de courants d’air.

Il y a d’autres additions au chalet : un placard dans le couloir rempli de linge de maison propre et de serviettes, une nappe posée sur la table en bois, sculptée à la main par Derek, dans la cuisine, des coussins décoratifs et de l’art accroché aux murs.

— Je le sens mieux maintenant, déclare Laura quand elle a fini de superviser la suspension des rideaux qu’elle lui a achetés.

Ils arborent un motif écossais parce qu’elle a affirmé que sa maison « se voulait chic rustique ». Il y a encore plus de livres sur les étagères et quand Derek regarde aux murs, il remarque que Laura a encadré d’autres photographies rescapées et les a accrochées.

Elle verse du chocolat chaud dans la vaisselle assortie qui remplit maintenant ses placards et ils se pelotonnent chacun à un bout du canapé, devant la cheminée. Derek doit admettre qu’on se sent comme dans une vraie maison : c’est chaleureux, accueillant et familier.

— Merci pour ça, dit-il.

— Évidemment, dit-elle en lui tapotant distraitement la jambe et en prenant une gorgée de sa tasse. Maintenant, tout ce dont tu as besoin, c’est d’un jardin et là, ça sera une vraie maison.

À Beacon Hills, leur mère avait un magnifique jardin dont elle prenait soin. On aurait dit qu’il avait été élaboré par un professionnel, mais elle avait tout fait toute seule. Elle n’était jamais aussi heureuse que quand elle taillait et cueillait le fruit des plantes qu’elle avait fait poussées. Pendant une fraction de seconde, le souvenir est si vivace que Derek ne peut plus respirer.

Il s’éclaircit la gorge.

— Je n’ai pas vraiment la main verte.

Ça devrait être la fin de la discussion, mais le lendemain, Laura part avec le pick-up de Derek et quand elle revient, elle a un tapis, un jeté de canapé, un repose-pieds et un arbre de 2 mètres de haut sanglé à la remorque qu’elle tracte.

— J’ai loué la remorque. Je dois la ramener à Charlie avant six heures donc allez, hop hop, on plante ce bébé.

— Je t’ai dit que je n’étais pas doué avec les plantes, grommelle Derek un peu plus tard, alors qu’il creuse un trou assez grand pour accueillir l’arbre.

— C’est un Malus Dolgo, explique Laura, comme si elle savait de quoi elle parle. J’ai été à la pépinière et expliqué que mon frère refusait de planter quoique ce soit pour faire un jardin, mais qu’il avait désespérément besoin de quelque chose pour le devant de sa maison. Je lui ai aussi dit que ta main était plus noire que le bitume et que tu n’étais pas très patient. Il m’a dit que cet arbre était pour toi. Ça va fleurir dans peu de temps et il fait des fruits donc si tu t’ennuies, tu peux faire de la gelée ou du jus de pomme ou autre chose, mais sinon tu n’as qu’à te dire que tu redonnes à toute la faune sauvage qui doit vivre dans ces bois.

Elle balance l’arbre près du trou qu’il a fait et lui frappe l’épaule.

— Allez, ça va être joli.

Quand l’arbre est enfin planté dans la terre, Laura l’observe avec fierté, les mains sur les hanches.

— Ça va le faire, dit-elle en lui cognant l’épaule encore une fois. N’essaye même pas de mentir. Tu l’aimes bien. Je peux le voir.

L’arbre a déjà des bourgeons rose pâle et est assez large pour ombrager une parcelle d’herbe assez importante. Derek peut déjà sentir la douce odeur dans l’air, associée aux senteurs plus puissantes des pins, des trembles et des peupliers. Il s’imagine travaillant dans son atelier à l’arrière pour ensuite se relaxer sous le Malus et faire une sieste dans la chaleur d’un après-midi d’été.

Laura sourit.

— Je savais que tu l’aimerais. Il va encore grandir apparemment. Et ils sont plutôt résistants, tu n’auras pas besoin de faire grand-chose.

Avant de s’en aller, Laura lui dit :

— J’ai engagé un certain Phil pour déneiger ton allée et vérifier que tu n’es pas mort. S’il te plaît, dis-moi que tu as fait une réserve de conserves et d’autres conneries si jamais tu te retrouves enterré vivant sous la neige.

— Ce n’est même pas encore l’été, souligne Derek.

Elle n’en démord pas, donc il finit par lui promettre qu’il commencera immédiatement à stocker des conserves pour l’hiver.

— Je veux des photos, lui dit-elle. Je veux une preuve que tu es convenablement préparé.

La nouvelle extension comprend une buanderie, avec un espace de rangement tellement grand que ça en est suspect pour quelqu’un vivant seul. Il réalise maintenant que Laura a voulu être sûre qu’il y ait suffisamment de place pour des réserves de secours.

— Je suis bien ici, dit-il à sa sœur alors qu’elle le serre dans ses bras à lui en casser les côtes et qu’elle ne semble pas vouloir le lâcher. Je peux prendre soin de moi.

— Je suis ton alpha et ta grande sœur. Grogne-moi dessus autant que tu veux, rien ne m’empêchera de m’inquiéter pour toi.

 

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Quelque chose mange ses pommes sauvages.

Derek ne sait pas pourquoi ça le dérange parce que ce n’est pas comme s’il les voulait pour lui. Il ne voulait même pas l’arbre à la base, mais c’est satisfaisant de penser que les créatures peuplant ses bois peuvent désormais survivre à l’hiver grâce à quelque chose qu’il a planté. Il n’y a pas vraiment de raison de penser que ce n’est pas déjà ce qui se passe. Bien sûr, ce n’est que septembre, mais les oiseaux pourraient se préparer à migrer, les écureuils faire des provisions.

Sauf qu’il a remarqué que les pommes sauvages ne sont pas cueillies de manière aléatoire. Il va dormir une nuit et l’arbre déborde de lourds fruits sombres et quand il se réveille le lendemain, il y a une bande tout autour de l’arbre sans aucun fruit.

— C’est sans doute des oiseaux, dit d’un air détaché Laura, quand il s’en plaint une nuit.

— Non, tu ne comprends pas, ce ne sont pas quelques pommes qui manquent. Il y a toute une bande qui a été cueillie, répond-t-il en allumant la lumière de son porche pour prendre une photo de l’arbre et lui envoyer. Il n’y en pas dans l’herbe, j’ai vérifié.

— Ah. Donc, c’est ce que tu fais maintenant ? Tu t’assieds dans ton chalet et tu es obnubilé par ce qui mange les fruits de l’arbre que tu as planté ? Ouais, c’est un comportement très sain. Merci de me rassurer.

Derek refuse d’être détourné du sujet.

— C’est bizarre, non ? Je t’ai envoyé la photo.

Il ne mentionne pas l’empreinte parce qu’il ne peut qu’imaginer ce qu’elle trouvera pour se moquer de lui, mais il se demande si, d’une manière ou d’une autre, les deux ne sont pas liés. Il n’y a pas matière à s’inquiéter parce que si la créature vole des fruits, elle n’est sans doute pas carnivore et donc probablement pas territoriale ou en aucun cas susceptible de chercher la bagarre avec un loup-garou.

Mais bon, sa curiosité est piquée. Derek patrouille son territoire chaque nuit sous sa forme de loup et il ne sent rien qui sorte de l’ordinaire. Son arbre continue de produire plus de fruits qui continuent de disparaître par grosses quantités à la fois et lui continue de s’interroger.

C’est un loup. Il est territorial par nature et après ce qui s’est passé à Beacon Hills, Derek ne pense pas qu’il soit étrange qu’il ait développé une certaine dose (saine) de paranoïa. C’est ce qu’il se dit alors qu’il se tapit près d’une fenêtre dans sa maison, les lumières éteintes, s’installant pour monter la garde.

Tout est calme pendant un long moment et il commence à se demander si peut-être Laura n’a pas raison. Peut-être qu’il se sent un peu comme un lion en cage maintenant que le gros des rénovations est terminé. Il est sûrement en train de faire une montagne de pas grand-chose.

Et puis, il remarque que le calme est devenu absolu : tous les bruits naturels nocturnes se sont réduits à néant, les oiseaux sont silencieux, les grillons se sont tus. Derek tend l’oreille, mais il n’entend pas de battement de cœur à l’extérieur du chalet, ne flaire rien d’étrange.

Doucement, il se redresse pour jeter un œil par la fenêtre. Il y a une forme sombre accroupie près de l’arbre.

— Je t’ai eu, feule victorieusement Derek.

Mais quand il fait valser sa porte d’entrée, ce qui était là à peine quelques secondes auparavant a disparu.

Une pomme sauvage solitaire est tombée au pied de l’arbre.

Derek se transforme en loup et part dans les bois. Il court à l’aveugle parce qu’il ne peut rien sentir à part une odeur étrange, comme de la neige fraîche et des nuits froides d’hiver. Il n’y a pas de battement de cœur pour trahir ce qu’il chasse, mais il est certain qu’il y a quelque chose dehors et qu’il s’en rapproche.

Un craquement bruyant et le doux murmure d’une fourrure poussent Derek à se précipiter sur sa droite, plus haut dans la montagne. Il se rapproche, il peut le sentir. Un autre craquement juste sur sa droite le fige.

Des yeux le fixent dans l’obscurité, deux points lumineux d’un vif bleu pâle. Derek rentre la tête dans les épaules et écarte ses appuis, se préparant à la confrontation. La créature se déplace. Derek peut entendre le bruissement de sa fourrure et il réalise que les craquements qu’il suivait étaient ses pommes sauvages, qui ont apparemment toutes été fourrées dans la gueule de la chose. Ils se fixent, tous les deux figés, curieux, attendant de voir ce que l’autre va faire. Quoi que soit la créature, la pénombre est trop épaisse pour que Derek puisse distinguer avec clarté, il n’aperçoit que vaguement une forme, accroupie dans un effort pour paraître plus petite. Derek entend quand la chose recommence à mâcher sa bouchée absurdement énorme.

Il y a juste assez de clair de lune pour discerner la face de la chose : de grands yeux et des oreilles trop larges. Sa gueule est aussi joufflue que celle d’un hamster, alors qu’elle essaye de mâcher d’un coup tous les fruits qu’elle a volés et puis, alors que Derek se tient là, sous sa forme de loup à l’observer, la chose élargit sa gueule dans un sourire et disparaît plus loin dans les bois. Elle se volatilise dans l’obscurité de la forêt. Derek tente de la suivre, mais il ne retrouve aucune trace, juste une once d’odeur de chute de neige et de froid.

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Quoi que soit la créature, Derek est presque certain qu’elle est partie faire sa vie ailleurs. Chaque matin, il vérifie son arbre, mais il y a à peu près le même nombre de pommes sauvages que le jour précédent, en prenant en compte les quelques fruits sur le sol que les oiseaux ou la biche ont visiblement cueillis.

Après cet évènement, il lui est difficile de garder ses questions assez vagues lorsqu’il fait son enquête sur la vie sauvage locale quand il va en ville. Phil et Randall tiennent un magasin et ont été assez satisfaits des créations en bois de Derek pour accepter de les vendre. Ils lui envoient un certain nombre de commandes et Phil est devenu un vrai ami. Sa femme, Jodie, est garde forestière et a rapidement insisté pour que Derek vienne manger le soir une fois par semaine. C’est désormais leur rendez-vous du jeudi soir.

— On a un peu de tout dans ces bois, lui dit Jodie alors qu’elle pose sur la table un plat de légumes. Perdrix des neiges, lièvres d’Amérique, écureuils.

Derek déplie sa serviette sur ses genoux.

— C’est plus gros qu’un écureuil.

— On a des mouflons, lui dit Phil, des wapitis, différents types de cerfs.

Momentanément occupé par les plats circulant sur la table, Derek remplit son assiette et prend une gorgée de vin avant de s’éclaircir la gorge et de dire, prudent :

— Ça, euh, ça avait des dents et ça se déplaçait sur deux pattes.

— On dirait que tu as un ours brun ou deux près de ton chalet, dit Jodie avec un sourire. Pas de quoi s’inquiéter. Il n’y a pas beaucoup de chemins de randonnée vers chez toi, donc la faune sauvage se méfie des humains. Garde une distance respectueuse et ils te retourneront la politesse.

— Ça doit être ça.

Il repense au bref aperçu qu’il a eu de l’animal et ne peut s’empêcher de froncer les sourcils.

— Il faisait noir quand je l’ai vu et c’était assez tard, mais… je ne sais pas, on aurait presque dit que sa fourrure était blanche.

Jodie soulève ses sourcils et échange un regard avec Phil. Quand elle regarde de nouveau Derek, le coin de sa bouche remonte légèrement vers le haut.

— Je ne sais pas quoi te dire. Pour autant que je sache, les ours polaires ne vivent pas aussi au sud.

Phil rit, une sorte d’aboiement rauque, en renversant sa tête en arrière.

— Un putain d’ours polaire, ricane-t-il en se tapant la cuisse d’une main. Est-ce que t’arrives à y croire ?

Derek rit en secouant la tête, les yeux au ciel.

— Pas vraiment.

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Quand l’automne pointe son nez, les habitants semblent avoir accepté que Derek a définitivement rejoint leurs rangs. Les coups d’œil curieux et les regards noirs suspicieux ont été remplacés par des salutations familières et, de temps en temps, un sourire sincère. La vie en ville semble opérer selon une routine stricte et Derek s’y adapte facilement.

Sa prédictibilité aide probablement beaucoup de gens à se faire à sa présence, mais il ne se fait pas non plus d’illusions sur le fait que son acceptation a été aidée par ce que Phil et Jodie disent de lui, quoi que ce soit.

— Tu dois être Derek Hale, le salue Ruthy quand il franchit la porte de son restaurant pour la première fois. Phil m’a beaucoup parlé de toi. J’ai de la tarte à la framboise qui vient juste de sortir du four. Ne bouge pas.

Le restaurant de Ruthy sert de la cuisine faite maison et dégage une atmosphère chaleureuse et accueillante, renforcée par le fait que Ruthy le materne comme s’il était son fils, perdu de vue et revenu au bercail. Elle est probablement plus proche de l’âge de sa grand-mère, mais Derek ne s’attarde pas sur ce détail.

Sa routine signifie aussi que tout le monde sait où le trouver quand on a besoin de lui et parfois, quand Derek se tient devant les congélateurs, débattant intérieurement entre deux types de plats surgelés, quelqu’un s’approche pour voir s’il n’aurait pas le temps de lui confectionner une table et des chaises pour leur cuisine ou des bancs en rondins pour le brasero qu’ils sont en train de construire. Laura s’inquiétait qu’il se sente seul, trop isolé en haut de sa montagne. Que sa meute, sa famille, lui manquerait. Au contraire, il se retrouve à socialiser plus que jamais. La ville n’est pas si petite qu’il connaisse tout le monde, mais il y a un bon nombre de têtes familières et la plupart le saluent comme s’ils étaient de vieux amis. Certains le chouchoutent même plus que Laura.

Derek le dit à sa sœur et elle rit, se moquant de lui, mais il sait que ça la rassure.

 

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