Chapter Text
26ᵉ semaine : Le fœtus pèse autour de 900 g et il mesure environ 31 cm de la tête aux fesses, soit à peu près la taille d’une laitue. C’est le 3e trimestre et beaucoup de choses passionnantes se passent cette semaine : par exemple, bébé est maintenant capable d’ouvrir et de fermer les yeux et il a même des cils! Maintenant qu’il a les yeux ouverts, il arrive à différencier l’ombre de la lumière et peut même bouger ou se retourner lorsque la luminosité change. Son cerveau continue de se développer mais son système nerveux a déjà fait suffisamment de progrès pour lui permettre de commencer à réguler la température de son corps. Bébé peut prendre plusieurs positions dans le ventre : il peut avoir la tête en bas ou, au contraire avoir les fesses ou les pieds vers le bas : on parle alors de présentation par le siège. Pas de panique cependant s’il se présente par le siège ou dans une position inhabituelle, il a encore plusieurs semaines pour se retourner.
Tommy se sentait décalé avec l’air ambiant qui annonçait la Saint Valentin.
Il savait qu’il frôlait dangereusement la dépression depuis que Buck avait disparu de sa vie. Il savait parfaitement que c’était Eddie qui l’empêchait de le revoir et quand il avait fait valoir cet argument auprès du sergent Grant, elle l’avait regardé comme s’il était fou.
Il n’était pas fou.
Il avait commis une erreur en perdant le contrôle trois mois auparavant. Il ne ferait jamais mal à l’homme qu’il aimait volontairement mais la simple idée qu’il fasse sa vie avec quelqu’un d’autre le rendait fou de jalousie. Il savait techniquement que sa réaction était malsaine, que la jalousie le consumait mais il avait besoin de parler avec lui pour qu’il lui dise en face qu’il avait tourné la page, pour qu’il puisse enfin le faire aussi.
Il voulait qu’il soit heureux mais il restait persuadé qu’il était le seul à pouvoir le faire.
Cette injonction était injuste et Tommy ne savait plus où aller pour le retrouver. Il était retourné à son appartement mais le propriétaire avait refusé de lui dire où il faisait suivre son courrier. A la caserne, il avait seulement appris que Buck ne travaillait plus pour le moment et le chef du département lui avait passé un savon quand il avait su qu’il posait des questions sur lui.
Il était allé chez Maddie et Chim mais Buck n’était pas venu s’installer chez sa sœur. Il avait même poussé jusqu’à chez les Diaz mais à part les allers et venus de Christopher et de son aide-soignante pour aller et revenir de l’école, rien ne présageait que Buck était ici. Sa jeep n’était pas dans la rue du moins.
Il ignorait où vivait Athena Grant mais il ne se risquerait pas à passer dans sa rue.
La seule raison qu’il voyait à sa disparition était que Buck devait s’être installé avec la future mère de son enfant dont il ignorait tout. Certainement encore une femme rencontrée sur une intervention et Tommy savait qu’à l’époque de la conception Buck faisait n’importe quoi mais l’idée qu’il se retrouve prisonnier d’une femme aléatoire à cause d’un enfant…
Il ne méritait pas ça.
Il méritait le monde et Tommy ne voulait rien de plus que de le lui offrir. C’était injuste qu’il soit privé de cette opportunité à cause d’un incident malheureux. Il ne lui en voulait même plus de l’avoir trompé, il avait compris qu’il n’était pas dans son état normal et qu’il ne cherchait qu’à se punir de ne pas avoir pu sauver son capitaine.
Il souffrait du syndrome du survivant.
Tommy se demandait pourquoi il s’accrochait autant à cette histoire. Buck ne semblait plus vouloir être avec lui alors il devait l’accepter et reprendre sa vie en main avant de détruire tout ce qu’il avait mis des années à construire et acquérir.
Il bailla après cette longue garde et s’arrêta dans un café pour un petit déjeuner rapide. Tout pour ne pas rentrer trop vite dans un appartement vide. Il commanda un café bien noir pour se tenir éveillé assez longtemps pour pouvoir atteindre son lit et s’y effondrer plus de douze heures d’affilées.
– Voilà ton lait d’amande à la cannelle, lâcha une autre vendeuse de l’autre côté du comptoir. Et j’ai donné un peu d’eau à ta chienne.
– Merci, souffla la voix de Buck. Et désolé d’avoir disparu si vite, j’ai l’impression de passer ma vie aux toilettes.
Tommy se figea.
Buck était là, à quelques mètres de lui, plus beau que jamais, semblant rayonner plus qu’il ne l’avait jamais fait avant. Mais ce qui attira son attention était un joli ventre rond qu’il caressait avec tendresse et Tommy ne comprenait plus rien.
– C’est normal, c’est le troisième trimestre, rit la jeune femme en lui donnant sa commande.
– Si ça va, je vais plutôt m’installer à une table, Eddie a dit qu’il venait me récupérer. Il vient de finir sa garde.
– Vous êtes si mignon tous les deux, s’amusa-t-elle le faisant serrer les poings.
– Oh, je…, rougit-il en baissant les yeux. Merci.
Buck avait toujours fait ça quand quelqu’un les prenait accidentellement pour un couple. Il avait dit que ça ne servit à rien de les détromper. Tommy en avait été jaloux mais il n’avait rien dit, se demandant comment les deux hommes pouvaient encore ignorer leurs sentiments l’un pour l’autre.
– Installe-toi là-bas, je sais que Shadow aime bien voir qui entre et sort de la boutique.
– Déformation professionnelle, rit Buck alors qu’un chien apparaissait à ses côtés, le suivant jusqu’à sa table.
Buck ne semblait pas l’avoir vu, concentré comme il l’était sur son chien.
Il semblait avoir du mal à se déplacer, gêné par son gros ventre. Tommy le vit se passer une main sur les reins massant une douleur qui semblait le gêner, avant de s’asseoir le souffle court après la courte distance qu’il avait parcouru, alors que le chien se couchait à ses pieds.
Tommy était perturbé par le ventre de Buck.
Buck était enceinte, il n’allait pas avoir un enfant avec une femme, c’était lui qui allait mettre au monde un enfant. Tommy essaya de se rappeler depuis combien de temps Buck était dans cet état mais s’il avait cru être trompé alors il était évident qu’il avait été fécondé alors qu’ils couchaient encore ensemble.
Tommy se souvint soudain d’un détail important ayant eut lieu six mois plus tôt, d’un préservatif percé qui avait fuit au moment où il le jetait à la poubelle, persuadé que ça n’aurait aucune incidence.
Ça avait eu une conséquence de taille, pourtant.
Buck était enceinte, et il y avait fort parier qu’il soit de lui. Pas étonnant que tout le monde soit si remontés contre lui, il l’avait abandonné au plus mauvais moment. En fait, c’était Buck qui avait coupé les ponts alors il ne comprenait pas pourquoi tout le monde le tenait responsable de ça.
Sauf si Eddie Diaz avait fait le nécessaire pour ça.
Tommy commençait à entrevoir ce qui s’était passé et l’emprise que Eddie avait sur Buck ne lui plaisait pas du tout. Pire encore, il semblait être le seul à le voir sous son vrai jour. S’il pensait pouvoir arracher Buck à sa vraie place, il se trompait lourdement. Tommy allait le sortir de là et pour le bébé…
Il trouverait une solution.
Mais en attendant, il devait renouer le contact avec son petit-ami, lui montrer à quel point il l’aimait toujours, lui faire comprendre qu’on l’avait retenu loin de lui et qu’il devait arrêter de croire les mensonges d’Eddie. Quand Buck lui ferait de nouveau confiance, son entourage comprendrait leurs erreurs et ensemble ils renverraient Eddie Diaz à El Paso.
Il se redressa et alla tout droit jusqu’à la table où il s’était installé.
– Bonjour Evan, lâcha-t-il en s’arrêtant devant lui.
Il le vit se tendre alors qu’il levait les yeux sur lui.
Le chien se redressa immédiatement sur ses pattes, sentant certainement son anxiété, et il vit ses poils se hérisser et ses babines se retrousser pour montrer ses crocs. C’était un chien impressionnant et dangereux s’il se fiait au gilet qu’il portait où était mentionné qu’il s’agissait d’un chien retraité de l’élite canine du LAPD.
– Est-ce que je peux m’asseoir ? insista-t-il en lui montrant le siège en face de lui. Il est temps que nous ayons une vraie conversation toi et moi.
Buck acquiesça après une minute de réflexion et il posa sa main sur la tête de son chien pour le calmer.
– M ais je te préviens qu’au moindre geste agressif dans ma direction, le prévint-il. Shadow n’hésitera pas à t’attaquer. Je ne te laisserais pas nous faire du mal cette fois.
Tommy vit ses mains se resserrer sur son ventre en un signe de protection et il s’installa sur la chaise en face de lui alors que le chien ne le quittait pas des yeux, les poils érigés en crête tout le long de sa colonne vertébrale.
– Ça va Shadow, tout doux, calme-toi, souffla Buck dans sa direction. Tout va bien.
Elle lui lança un regard et se calma mais elle fixa ses yeux sur Tommy loin de lui faire confiance.
– Je t’écoute, qu’as-tu à me dire ?
– TU as des choses à me dire, Evan. Tu es porteur.
– Oui, admit-il en posant ses mains sur son ventre pour le protéger.
– Mais depuis quand ?
– Depuis toujours, lâcha-t-il comme une évidence.
Et il avait raison, on ne devenait pas porteur du jour au lendemain, ce n’était pas un virus, c’était une anomalie génétique.
– Bon sang, souffla-t-il. Pourquoi… Pourquoi tu ne m’as rien dis ?
– On n’est pas resté assez longtemps ensemble pour que je te fasse assez confiance avec ce secret, ok ? Tu sais aussi bien que moi ce que les gens disent et pensent des porteurs.
– Je suis gay, je te rappelle, je sais ce que ça fait de se sentir exclu.
Buck le regarda semblant incrédule de la comparaison et Tommy devait avouer que c’était un peu bancal comme argument. Il était conscient que jamais, il ne ressentirait un centième de ce qu’il avait pu ressentir toute sa vie suite à cette anomalie génétique.
– Evan…
– Peu importe, le coupa-t-il. Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu n’as pas le droit d’être proche de moi à…
– J’étais dans le coin, c’est tout. Je ne te suis pas, je voulais seulement te parler. J’ai voulu faire les choses bien, d’accord ? Mais tu as refusé de me voir et…
– Tu m’as agressé, lui rappela-t-il.
– Et je suis désolé pour ça, d’accord ? Je réalise aujourd’hui la portée de ce qui s’est réellement passé mais tu aurais dû me le dire…
– J’ai essayé figure toi, mais tu m’as accusé de t’avoir trompé avec la moitié de la ville alors qu’on n’était même pas ensemble, avant d’être violent alors que je portais un bébé, s’emporta-t-il les larmes aux yeux.
Le chien grogna de nouveau et Tommy se recula au fond de son siège pour lui montrer qu’il n’était pas une menace.
– J’ignorais ton état et…, poursuivit-il. Et ce n’est pas une excuse, je n’aurais jamais dû. J’ai eu tort et je voulais m’excuser. J’étais blessé…, Buck…, Evan, je n’ai jamais voulu te faire de mal. J’aurais dû t’écouter mais admets que trois mois de silence, il y avait quoi devenir fou.
– Oh et que penses-tu de sept mois après que tu m’ais plaqué comme une merde ? Tu n’as pas le monopole de la souffrance, Tommy. J’en ai eu largement ma part et ma psy est parvenue à me faire comprendre que je n’avais pas à porter le poids des erreurs des autres, alors garde ta culpabilité, je n’en veux pas. J’ai déjà assez à faire avec la mienne et avec tout ce qui en découle.
Tommy fronça les sourcils avant de fermer les yeux.
C’était beaucoup d’informations d’un coup et c’était normal qu’il lui en veuille. Il avait vrillé pour une mauvaise raison. Mais il allait se rattraper, lui montrer qu’il était capable de prendre ses responsabilités, lui prouver qu’il avait des sentiments sincères pour lui et qu’il ferait l’impossible par amour.
– Tu parles du bébé, souffla-t-il. Il est de moi n’est-ce pas ?
– Elle, le contredit-il. Et… quelle importance maintenant ?
– J’aurais dû être là… Et je ne sais pas, t’aider avec tout ça. Merde, je sais à quel point c’est compliqué pour un porteur d’avorter mais j’aurais pu t’aider avec le reste. Est-ce que tu t’en sors avec les préparatifs pour l’adoption ? Tu as trouvé de bons futurs parents ?
– Quoi ? sursauta-t-il. Non, rien de tout ça, je vais l’élever. C’est ma fille.
– Je ne veux pas avoir d’enfants, Evan.
– Je ne te demande rien, trancha-t-il. Ni elle, ni moi n’avons besoin de toi de toute façon.
– Tu ne peux pas élever cette enfant tout seul, Evan réfléchis !
– C’est déjà tout vu ! s’emporta-t-il. Ce n’était peut-être pas prévu mais c’est la seule belle chose qui ressort du passé que nous avons en commun.
– Ne dis pas ça ! gronda-t-il faisant grogner de nouveau le chien qui se plaça devant lui, les babines retroussées. On était bien tous les deux.
– J’étais en dépression, Tommy, ce qui a pu se passer entre nous, ce n’était rien d’autre que de l’autodestruction. Alors merci de m’avoir donné un nouveau but dans la vie mais je souhaiterais que tu me laisses tranquille maintenant ou je me verrai contraint de laisser ma chienne te montrer ce qui se passera si tu refuses.
Il se leva et Tommy se fit violence pour ne pas le retenir mais le chien était bien trop menaçant maintenant. Il le vit sortir et rejoindre une voiture qui venait de se garer. Eddie en sortit pour venir à sa rencontre et Tommy ne put s’en empêcher cette fois. Il sortit à son tour juste à temps pour voir Eddie prendre Buck dans ses bras et son sang ne fit qu’un tour.
– Alors c’est ça ? hurla-t-il les faisant sursauter. Tu cours te réfugier dans ses bras, comme toujours.
– Montes dans la voiture Buck ! lui ordonna Eddie alors que le chien grondait furieusement maintenant, maintenu par sa laisse que Eddie avait récupéré.
– Tu m’as sortit de ta vie, uniquement pour le rejoindre comme j’ai toujours dit que tu le ferais.
– Tu n’as pas le droit de t’approcher de nous, Tommy, lui rappela Eddie.
– La ferme, enfoiré. Tu crois que tu peux t’approprier ma vie aussi facilement ? Me prendre mes amis, mon petit-ami et notre enfant ? Je ne te laisserai pas faire.
– Laisse nous tranquille ! lui ordonna-t-il encore. Buck n’est pas à toi et il m’a choisi moi ! Sors de notre vie.
Tommy voulait le frapper jusqu’à ce que son visage ne ressemble plus qu’à de la bouillie mais le chien aboyait de plus en plus furieusement et Eddie avait du mal à le maintenir à ses pieds.
– Ton chien ne sera pas toujours là pour te protéger.
– C’est une menace ?
– Prends le comme tu veux mais d’une façon ou d’une autre, je récupèrerai ce qui m’appartient et peu importe que tu sois un dommage collatéral.
Il l’affronta du regard quelques seconde de plus avant de jeter un œil à Buck enfermé dans la voiture et semblant être au téléphone, certainement avec la police. Tommy décida de battre en retraite avant d’être arrêté et il se fit la promesse de faire le nécessaire pour récupérer son petit-ami.
