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Language:
English
Stats:
Published:
2017-01-23
Updated:
2018-11-04
Words:
17,640
Chapters:
6/7
Comments:
6
Kudos:
12
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2
Hits:
533

Or vis, gentil aubépin. (Traduction de To life, gentle hawthorn de MD Jensen).

Summary:

Aramis et Athos sont pris en otage ; mais quelque part, c'est ce qui leur arrive de plus facile. Suite de "Winter, Late in Leaving" (Un interminable hiver), mais il n'est pas nécessaire de l'avoir lu avant (NDT : Fortement conseillé tout de même). A lieu quelques mois après le massacre de Savoie, au début de l'amitié entre les garçons.

Notes:

Note de l'auteur : Merci à Little Miss Sunshine pour la relecture ! Nous nous excusons s'il reste des fautes de frappe ou d'orthographe ! Ces petites choses-là se faufilent partout discrètement !

Je me suis permis d'ajouter mes petites illustrations personnelles, j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas...

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Des anniversaires

Chapter Text

 

Vingt-cinq.

Bon Dieu.

Il n'était pas vain, honnêtement.

Ni particulièrement enclin à l'auto-apitoiement.

Mais... vingt-cinq ans !

A vingt-cinq ans, Aramis n'avait ni femme, ni enfant, ni argent ; tout ce qu'il possédait, c’était quelques pistolets, quelques épées, quelques vêtements et quelques livres.

Sa mère vivait encore, il en était infiniment reconnaissant, mais elle habitait à l’autre bout du pays. Ainsi que son frère.  Ainsi que ces sœurs, nièces et neveux.  Et tout ça sans parler de …enfin…

Il avait des amis. Deux, en fait. Son vingt-quatrième anniversaire, cela avait été juste Marsac et lui ; ils s’étaient saoulés, ils avaient joué aux échecs dans la rue. Ils s’étaient couchés après minuit, trop pauvres pour pouvoir se permettre des professionnelles et trop mal en point pour séduire les autres. Juste lui et Marsac. Plus de la moitié de la garnison avait assisté à l’anniversaire de Porthos deux mois auparavant. Ce n’est pas qu’il se soit agi d’une compétition…

Deux amis avec lui c’était déjà le double de ce qu’il avait eu l’année d’avant, après tout… Athos lui avait donné un livre de poésie richement décoré, et Porthos lui avait donné une pochette pour son matériel médical et une énorme accolade ! Et maintenant ils buvaient abondamment dans les appartements d’Aramis. C’était merveilleux, vraiment. Maintenant Aramis se disait qu’il aimerait déplacer leur petite fête dans une taverne, à un moment ou à un autre, et pourquoi pas convaincre quelque compagnie féminine de lui souhaiter aussi un bon anniversaire ; il était plutôt certain qu’il devrait vider son estomac une ou deux fois avant de pouvoir marcher vers un quelconque endroit, mais ça allait, il fallait bien faire de petits sacrifices.

 

 “Aramis.”

 

La voix de Porthos avait le ton de quelqu’un qui vient de répéter quelque chose une fois de trop !

 

Aramis cligna des yeux. Le monde sembla chanceler un peu puis se calma.

 

“Quoi ?

-ça va ?”

 

Une question.

Il était supposé y répondre.

 

“Je vais bien.”

 

Porthos n’était pas convaincu.

 

 “Tu es en train de penser. Ça se voit sur ta figure. Qu’est-ce qu’il y a?”

 

Une autre question. Jésus !

 

“Je suis ivre,” répliqua Aramis.

-Tu es ivre et tu penses.”

-Je pensais, dit prudemment Aramis,  que si j’étais en position de ne pas connaître mon âge, comme c’est ton cas, mon ami, je soustrairais quelques années de mon estimation réelle.

-A ce point ?

-Vraiment. Tu as, selon tes propres déductions, vingt-six ou vingt-sept ans, n’est-ce pas ?

 

Porthos grogna.

 

“Eh bien, alors, je soustrairais cinq ans et voilà. Présente-toi comme ayant vingt-et-un ou vingt-deux ans.”

 

Porthos eut un large sourire, qui fit sourire Aramis en retour.

 

“Je ne pense pas que je pourrais passer pour une personne de vingt-et-un ans.

-Sornettes. Athos, qu’en penses-tu ?”

 

Athos leva tristement là tête.

 

“Je pense qu’on ne peut pas mentir à Dieu, ni à la dégradation naturelle des organes. Par conséquent, mentir à ce propos est plutôt inutile.

-C’est… éminemment logique,”  s’étrangla Aramis, pas vraiment certain de savoir si la constatation d’Athos risquait de le faire rire ou bien pleurer.

-Je te remercie, cher Athos. A la tienne !”

 

Il tendit son gobelet vers celui d’Athos et trinqua maladroitement, ensuite, il se recula dans sa chaise, essoufflé par l’effort.

 

“N’oublie pas, tes organes sont au moins deux ans plus décatis que les miens.

-Cette soirée va t’aider à rattraper le retard,” ajouta Porthos obligeamment.

-Je ferai en sorte de te rendre la pareille le jour de ton anniversaire,” continua Aramis.

 

Athos sourit soudain et malgré tous ses efforts, Aramis ne put savoir s’il venait d’être le dindon de la farce ou non.

 

“Te moques-tu de moi, mon ami?” questionna-t-il en plissant les yeux en direction d’Athos, espérant qu’il paraissait suffisamment accusateur.

-Tu ne fais pas grand-chose pour l'éviter, répliqua Athos. ”

 

Il y avait une vraie malice dans son regard.

 

“Moi ? N'ai-je jamais été autre chose que  l'image même de la bienséance ?”

 

Il se leva pour s'incliner...

Et ensuite, deux ou trois choses arrivèrent en même temps...

Aramis s'inclina.

La table bascula.

Le vin rencontra les genoux d'Athos accompagné d'un “splash” et d'un cri.

Et ensuite, Porthos l’entraina dans la rue, l'empêchant de se débarrasser du contenu de son estomac sur le sol de sa chambre.

 

*******************************************

 

Il avait mal à la tête. En se réveillant, Aramis savait qu'il ne pouvait s'attendre à autre chose.

Ce à quoi il ne s'était pas vraiment attendu, c'était de se retrouver enveloppé de chaleur, douillettement installé au milieu de son lit... même s'il aurait probablement dû. Porthos était un saint sur terre. Il le nierait, dissimulerait obstinément ça derrière une façade bourrue et légère, mais il était le genre d'homme à mettre son ami ivre au lit et l'y border sans se poser de questions.

Grognant, Aramis s'assit pour jeter un œil à la pièce à la recherche de son sauveur. Cela lui attira un grognement mécontent de son compagnon de lit ; Athos donna un vague coup de pied à Aramis et n’ouvrit pas les yeux. Porthos était assis à la table, lisant à la lumière matinale

Aramis soupira, reprenant sa position confortable. Il était vieux et avait une prodigieuse gueule de bois, mais ses amis étaient tous les deux avec lui.

 

Et, il était vivant.

 

C’est drôle comme c’était devenu quelque chose qu’il fallait se remémorer. C’est drôle comme il y avait des moments où on ne pouvait penser qu’à ça – Je suis vivant, je suis le seul à être vivant.- et d’autres où ce simple concept était à moitié oublié…

Marsac lui avait sauvé la vie. Il avait sauvé sa foutue vie. C’est Porthos qui l’avait aidé à réaliser ça, qui était resté près de lui, calmement, alors que cela le frappait comme une brique. Il avait pleuré un peu, fait comme si de rien n’était, et ensuite s’était réveillé cette nuit-là et avait pleuré … beaucoup. Des larmes de tristesse et non de colère. Des larmes, contre toute attente, de reconnaissance.

Il serait reconnaissant dorénavant. Reconnaissant d’avoir atteint vingt-cinq ans alors que cela était loin d’être garanti. Personne n’avait jamais la garantie de fêter son anniversaire suivant. Particulièrement un mousquetaire.

 

C’est tout ce dont il avait besoin, honnêtement : des amis auprès de lui et le battement d’un pouls dans son corps. Aramis se blottit à nouveau béatement contre Athos. Peut-être avait-il aussi besoin de quelques heures de sommeil en plus. Ça ne pouvait pas faire de mal.

 

Mais apparemment, il n'y aurait pas droit. Porthos avait remarqué ses mouvements et posa son livre. 

 

“Bien, proclama-t-il d’une voix sonore, je ne voulais pas avoir à te réveiller.

-Est-ce l'heure de se lever ?

-Largement, cette heure est même dépassée, je dirais. Celui-là est réveillé aussi ?”

 

Aramis donna un petit coup de coude à Athos et secoua la tête quand les yeux clairs restèrent fermés. Porthos soupira. Il s'approcha du lit et sans autre avertissement, arracha les couvertures. 

Le son qu'émit Athos était un son de détresse impuissante et enfantine. Porthos ricana en se souvenant de ce qu'Aramis venait juste de remarquer : Athos ne portait rien d'autre que ses sous-vêtements et une chemise.

Ah oui : le vin. Oups.

 

“Le soleil vient de se lever,” annonça joyeusement Porthos.

 

Aramis frissonna. Il se rapprocha de la chaleur du corps d'Athos, jusqu'au moment où Athos, prenant conscience de la situation, s'assit brusquement. Son expression douloureuse laissa place presque instantanément à son habituel masque neutre. Se déplaçant avec cette sorte de grâce qui ne n'aurait pas dû être possible à une telle heure, il se glissa hors du lit pour récupérer ses vêtements abandonnés.

 

Ayant le lit pour lui tout seul, dorénavant, Aramis s'étira. Sa gueule de bois se rappela immédiatement à son bon souvenir, cependant, et il se recroquevilla en une malheureuse petite boule.

Lentement, il prit conscience que Porthos et Athos le fixaient tous les deux.  Athos était habillé et portait une expression de légère irritation ; Porthos semblait plus sympathique, mais ne semblait pas vouloir transiger.

 

 “Il faut y aller, Aramis,” dit-il fermement.

-Mmh.

-Ne penses-tu pas que vingt-cinq ans est assez vieux pour se sortir soi-même du lit ?

-Tu crois ?” soupira Aramis.

 

Il se leva, bien sûr. Le chemin vers la garnison ne fut pas agréable du tout, cependant ; deux fois, Aramis s'arrêta, se cramponnant le ventre, s'attendant à vomir. Mais ce ne fut jamais le cas. Porthos le guidait d'une main douce, Athos suivait de près. Honnêtement, il aurait dû y être habitué maintenant. Son estomac n'avait pas été bien depuis... Eh bien...

 

Au moins, cette fois, il avait sa responsabilité dans l'affaire.

 

Tréville leur fit signe au moment où ils arrivaient ; Aramis essaya de ne pas cramponner trop fermement la rampe alors qu'ils montaient, riant de sa propre absurdité. Tréville le gratifia d'un regard inquisiteur, mais ne fit pas de commentaire.

Ils avaient des ordres. Bien sûr. Il n'y avait pas de raison que la Terre s'arrête de tourner pour lui autoriser un jour de congé, pour le laisser soigner son mal de tête dans l'armurerie en s'endormant sur un hypothétique inventaire des mousquets.

Ce n'était pas qu'il fût ingrat, vraiment. Cela avait pris presque un mois à Tréville pour le réinstaller officiellement dans ses fonctions à la garnison où il n'avait pas fait grand chose, et encore un autre mois pour simplement l'envoyer pour de vraies missions. C'était une bénédiction que de ne pas s'ennuyer. En fait, une chevauchée dans la campagne – un peu de temps à l'air frais- pourrait lui faire du bien. Et délivrer une lettre était certainement une tâche facile.

Jusqu'à ce que : “Je n'ai pas besoin de vous trois pour ça,” continua Treville, presque avec désinvolture.

 

L'estomac d'Aramis se retourna brusquement.

 

“Porthos, il y a quelques recrues qui auraient bien besoin de s'entrainer au corps à corps. Il serait plus utile que tu restes là et que tu t'en occupes.”

 

Le capitaine considéra que la conversation était close ; Aramis le vit clairement sur son visage. Mais Seigneur, à quoi pouvait bien ressembler son propre visage ?

Pas de  Porthos !

La première mission l'un sans l'autre depuis qu'ils avaient repris leurs fonctions. Et honnêtement, la première mission où ils seraient séparés pour une durée significative depuis... Eh bien... Depuis que Porthos l'avait en quelque sorte arraché à cette forêt damnée, depuis qu'il lui avait sauvé la vie en un mois d'affection fraternelle et bourrue.

Aramis frissonna.

Porthos en avait conscience, Aramis le savait ; ses yeux se dirigèrent vers lui, attendant de rencontrer son regard, posant une question silencieuse. Est-ce que tu es d'accord avec ça ?

Non. Mais cela devait arriver à un moment ou à un autre non ?

 

“Autre chose ?” demanda Tréville.

 

Il ne semblait pas impatient, pas vraiment, mais il ne semblait pas enclin à la discussion non plus.

Puis une main vint se poser sur le dos d'Aramis. Sa chaleur se répandit dans ses veines, et il se détendit assez pour secouer la tête.

 

“Non monsieur,” répliqua-t-il et Tréville hocha la tête et lui tendit les lettres.

 

Il continua à se calmer alors que la main de Porthos le guidait vers la porte. 

 

“Porthos! appela Treville. Jette un œil à la liste des hommes que je voudrais que tu entraines.”

 

Aramis inspira profondément, se préparant à sentir disparaître la main apaisante alors que Porthos s'écartait d'eux, retournant avec obéissance auprès de Tréville. Sauf que la main resta. Alors  qu'Aramis passait le pas de la porte du sombre bureau de Tréville, il réalisa que cette main avait, depuis le début, été celle d'Athos.

Le regard d'Athos était fixé droit devant lui alors que ses doigts gantés s'enfonçaient fermement entre les omoplates d'Aramis.

 

Et Aramis sourit malgré lui. Finalement, Tréville ne l'avait pas envoyé tout seul ; il serait avec Athos.

Tout irait bien.

 

*****************************************

 

Chevaucher avec Athos n'était pas la même chose que chevaucher avec Porthos ; Porthos était un cavalier espiègle, même si légèrement maladroit, qui exprimait bruyamment sa joie de sortir de la ville. Avec Porthos, les conversations allaient bon train. Ils riaient, criaient ; faisaient galoper leurs chevaux avant de les récompenser de pommes ou autres friandises.

Athos n'était ni espiègle, ni maladroit, ni bruyant. Aramis reconnaissait en lui une autre âme entrainée à l'équitation avant même d'avoir su marcher ; Athos était aussi élégant à cheval qu'au combat à l'épée. Et pourtant il y avait une autre qualité en lui que semblait renforcer la campagne.  Ce n'était pas de la joie, pas même du bonheur, mais une concentration qui semblait être nourrie par le soleil et les champs autour d'eux. C'était presque l'été et l'air était agréablement chaud. Athos était satisfait de suivre le rythme de quelqu'un d'autre, de simplement chevaucher.

C'était inattendu, vraiment, -même si peut-être injuste- que sa présence pût consoler Aramis comme elle le faisait.  Peut-être que la solidité de Porthos avait toujours fait de l'ombre à celle d'Athos, ou s'était confondue en elle.  Mais Aramis la ressentait maintenant.  Avec Athos à ses côtés, la journée s'écoulait facilement ;  sa gueule de bois et ses maux d'estomac s'estompaient et son corps se relâchait dans cette confiance nouvellement acquise.

Athos ne le remarqua peut-être pas, ou choisit de n'en rien dire, mais Aramis se sentait rayonner,  réchauffé par cette camaraderie et une bonne dose de fierté. Lui et Athos étaient amis depuis un mois maintenant. Mais aujourd'hui était le premier jour où il avait vraiment ressenti consciemment cette amitié- et la première fois dans ces derniers mois qu’il plaçait sa confiance en quelqu'un d'autre que Porthos. C'était un bon début à ses vingt-cinq ans, décida Aramis.

 

Ils arrivèrent en début d'après-midi à la résidence du comte qui devait recevoir les lettres. Athos remit le courrier et ils repartirent immédiatement. Le soleil rougissait et déclinait alors qu'ils chevauchaient sur le chemin du retour et Aramis souriait largement, heureux à la seule idée de la compagnie d'Athos.

 

Il souriait encore, en fait, quand le premier coup de feu retentit.