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Language:
Français
Collections:
Le Petit Sancho d'Ecriture
Stats:
Published:
2025-12-27
Words:
3,991
Chapters:
1/1
Comments:
6
Kudos:
9
Hits:
76

Pretty woman

Summary:

Coraline a besoin de l'avis d'un expert pour choisir la tenue qu'elle portera à la fête du collège. Qui de mieux placé que Wybie pour ça?

Work Text:

-Ca ne va pas, ça non plus… Certainement pas ça… Beurk! C’est quoi cette horreur?! Non, non et non, rien ne va! se lamente Coraline tandis qu’elle finit d’éventrer sa commode pour en extirper jusqu’au dernier t-shirt.

Une véritable mare de textile est répandue autour de l’adolescente, qui la contemple d’un air désespéré.

-Je peux savoir ce que c’est que ce boucan? lui parvient la voix de sa mère, dont le visage apparaît bientôt dans l’entrebâillement de la porte et qui se tord aussitôt de colère. Coraline Jones! Qu’est-ce que c’est que…

-Je vais ranger! s’exclame la concernée avec humeur, et elle jette le chemisier qu’elle tient à la main au fond de son armoire.

Le vêtement y atterrit en tas et, avisant les yeux plissés de sa mère, Coraline le ramasse pour le plier proprement et le ranger comme il faut.

-Alors? Pourquoi tous ces cris? demande Mel quand sa fille s’est un peu calmée.

Coraline, maintenant agenouillée par terre pour remettre de l’ordre dans ses affaires, pousse un soupir à fendre l’âme.

-J’ai rien à me mettre pour la fête de fin d’année, avoue-t-elle d’une voix misérable.

-Quelle fête? 

-Celle du collège, je t’en ai parlé mais t’écoutais pas, pour changer, bougonne Coraline en même temps qu’elle sépare les hauts et les bas, faisant peu à peu apparaître deux piles bien distinctes. 

Mel fait la sourde oreille et se contente de s’approcher de sa fille, se baissant pour récupérer une robe qui traîne sur le plancher.

-Pourquoi tu ne mets pas ça? suggère-t-elle. Tu l’adores, non?

Coraline secoue la tête.

-Elle ne me va plus, rétorque-t-elle avant de jeter un regard accusateur à sa poitrine que l’adolescence commence à arrondir et qu’elle déteste de tout son cœur, parce qu’à cause d’elle, la moitié des vêtements qu’elle aime ne lui vont plus et que les garçons commencent à la regarder bizarrement.

Le seul dont l’attitude reste inchangée est Wybie, fort heureusement.

-Et pourquoi pas la jolie chemise qu’on t’a offerte à Noël? demande Mel, s’asseyant à côté de Coraline pour l’aider à ranger.

Sa fille secoue la tête, boudeuse.

-Emily Brown dit que je ressemble à un épouvantail avec.

-Et qui est cette Emily Brown?

-La fille la plus populaire de l’école. 

-Depuis quand tu t’occupes de ces histoires de popularité?

Coraline hausse les épaules sans répondre, le regard fuyant, et Mel comprend, parce qu’elle est aussi passée par-là, évidemment. A quinze ans, on a beau dire qu’on se moque du regard des autres, on finit quand même presque tous par plus ou moins y succomber, et Coraline, malgré son petit côté rebelle, n’a pas réussi à y échapper tout-à-fait. Le fait qu’elle n’ait pas réussi à se faire beaucoup d’amis pendant ses deux années d’école à Ashland, hormis Wybie, que les autres enfants trouvent bizarre et ont tendance à chahuter, fragilise d’autant plus la jeune fille, qui veut à la fois s’intégrer, tout en gardant ce petit truc qui caractérise tant Coraline Jones.

Tout ça pour dire que cette soirée est vraiment importante pour elle et qu’elle aimerait y aller en se sentant belle et fière. Mais pour ça, il lui faudrait une tenue spéciale, exprès pour cette occasion. Et le seul moyen d’obtenir ça serait de…

-Oh non, pas question, jeune fille! s’exclame Mel lorsque Coraline commence à lui faire ses yeux de chiot battu, les mains jointes devant elle comme si elle était sur le point de prier.

-S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaît! supplie-t-elle. Je ferai tout ce que tu veux en échange! Je tondrais la pelouse, j’irai faire les courses, je laverai la maison, tout ça pendant un mois entier! Promis! 

Mel fronce les sourcils, vaguement intéressée par l’idée. Sans compter qu’au fond, elle veut que sa fille se sente bien dans sa peau et s’amuse quand elle ira à cette fête. Ayant été elle aussi adolescente, elle sait à quel point ce genre d’événement compte pour les enfants.

Voilà pourquoi elle finit par soupirer, admettant sa défaite. Coraline pousse aussitôt un cri de joie, que sa mère fait taire d’un:

-Deux mois de corvées, pas un.

Puis, alors que Coraline s’apprête à protester, elle ajoute:

-Et tu pourras aussi choisir de nouvelles chaussures.

Un second cri de victoire retentit, encore plus perçant que le précédent, et Mel sourit, désabusée. Puis elle se lève et fait signe à sa fille de finir de ranger.

-Quand tu auras terminé, tu pourras aller en ville, dit-elle. Je te donnerai un peu d’argent, essaie de ne pas acheter quelque chose de trop cher quand même, d’accord?

-Promis! pépie Coraline, des étoiles plein les yeux. Merci maman!

Le sourire de Mel s’accentue et elle ressort de la chambre de sa fille.

Une heure plus tard, cette dernière finit d’enfiler ses bottes et son manteau, trépignant d’avance à l’idée d’aller faire un peu de shopping.

-Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne? demande Mel alors qu’elle glisse un peu d’argent dans la sacoche que Coraline trimballe partout depuis ses treize ans.

-Certaine! répond Coraline d’un ton joyeux. 

-Un deuxième avis peut parfois être utile…

-T’inquiète pas pour ça, j’y vais pas toute seule! babille l’adolescente et, comme par magie, la sonnette retentit dans l’entrée. 

L’instant d’après, Coraline ouvre la porte pour révéler la silhouette familière de Wybie.

-Salut Jonesie, fredonne le garçon, avant de faire signe à Mel. Bonjour Mme Jones!

-Bonjour Wyborne, lui répond Mel, avant de se tourner vers sa fille. J’aurais dû m’en douter… 

Coraline se contente de lui tirer la langue et de récupérer son sac, puis file jusqu’à son ami qui se tient toujours sur le perron.

-Soyez prudents sur la route! leur rappelle Mel alors que sa fille se faufile dehors.

-Promis! A tout-à-l’heure! s’exclame Coraline, qui attrape la main de Wybie pour l’entraîner à sa suite, après avoir claqué la porte. Tu tombes à pic toi!

-Ah bon? Pourquoi? bafouille le garçon, la suivant sans faire d’histoire, comme d’habitude. Enfin je veux dire, on devait se voir, alors c’est logique que je sois là, euh… Enfin bref, tu m’expliques dans quoi tu m’embarques encore?

-J’ai besoin de quelqu’un pour m’accompagner en ville et trouver une tenue pour la fête.

-La fête? Quelle fête?

-Mais personne ne m’écoute jamais! ronchonne Coralin, et elle lance ses bras vers le ciel dans un geste théâtral. La fête de fin d’année, Wybie! Je te rappelle qu’on y va même ensemble!

-Ah oui, cette fête, bredouille l’adolescent qui se frotte nerveusement l’arrière de la tête. Écoute, je suis pas sûr que ce soit une super idée que j’y aille… Ma grand-mère voudra peut-être même pas, alors tu vois…

-Wyborne.

-...Oui?

-Tu m’as donné ta parole, tu te souviens?

A ces mots, Wybie se mord la lèvre, pris au piège. Il finit par hocher mollement la tête, l’air un peu contrit, et Coraline lui tapote joyeusement le dos.

-Tu vas voir, on va bien s’amuser! encourage-t-elle, parfaitement au courant des difficultés que rencontre son ami pour sociabiliser.

Là où Coraline est vive et intrépide, n’ayant pas peur de montrer qu’elle existe et d’aller vers les autres, Wybie, lui, a tendance à s’effacer quand il y a trop de monde, se faisant plus petit qu’il ne l’est déjà, veillant à rester caché derrière son amie. Servir de bouclier ne gêne pas Coraline, mais elle a parfois envie de faire certaines activités qui nécessitent que Wybie sorte de sa coquille, comme aller à la fête du collège, par exemple.

Conscient que Coraline en fait beaucoup pour lui, le garçon n’a pas été trop compliqué à convaincre, voulant montrer que lui aussi, il peut lui apporter son soutien. Mais bon, une fête, quand même…

-Ma grand-mère, insiste-t-il.

Mais Coraline le coupe avec un sourire goguenard:

-Je lui en ai parlé et elle est d’accord, du moment que tu rentres avant minuit. 

Wybie se balance d’un pied à l’autre, dépité.

-Chic, chuchote-t-il.

Son amie balaie sa mauvaise humeur d’un geste de la main et lui offre un sourire plus gentil.

-Écoute, j’ai vraiment besoin de toi pour cette histoire de tenue. Ma mère m’a donné pas mal d’argent, il en restera sans doute après les courses, on n’aura qu’à s’acheter des bonbons avec, t’en dis quoi?

Le visage de Wybie s’éclaire un peu et il acquiesce joyeusement. 

-Ca me va! répond-il d’un ton enthousiaste, et il se hâte d’enfourcher son scooter.

Coraline échappe un rire et s’installe derrière lui après avoir enfilé le casque supplémentaire qu’il garde toujours au cas où. Puis elle enroule ses bras autour de son ventre, comme elle l’a fait une centaine de fois depuis qu’ils se connaissent et que Wybie l’emmène avec lui dans ses aventures à vélo ou en scooter, comme aujourd’hui. Enfin, le garçon démarre son bolide et ils décollent en direction de la ville.

Faire les courses avec Wybie s’avère bien plus amusant que de les faire avec sa mère. Comme d’habitude, l’adolescent est incapable d’arrêter de parler. Aujourd’hui, le sujet porte sur les dinosaures et leur représentation dans la pop-culture. Coraline écoute d’une oreille distraite, parfaitement d’accord pour dire que les vélociraptors de Jurassic Park 3 sont les plus réussis de la trilogie, et le babillage de Wybie l’accompagne jusque dans la première boutique où elle tente sa chance.

-A ton avis, je devrais y aller en robe ou en pantalon? demande Coraline dans un rare moment où Wybie s’arrête de bavarder pour reprendre son souffle et dont elle profite pour enfin en placer une.

Son ami penche la tête et réfléchit une minute, avant de répondre d'une voix pensive:

-Je crois que je ne t’ai jamais vu en robe.

-Si, à mon anniversaire, l’an dernier, répond Coraline.

-T’avais un jean en dessous, ça compte pas, taquine son ami, et elle lui flanque un petit coup de coude dans le bras, amusée.

-Bien sûr que ça compte! le rabroue-t-elle d’une voix faussement ennuyée, avant de commencer à faire un tour dans les rayonnages.

Wybie la suit d’un pas tranquille, jetant parfois un regard sur un t-shirt ou un foulard. Il s’arrête même brièvement devant les boucles d’oreilles et Coraline le guette du coin de l'œil pendant qu’elle fouille un portant plein de jupes. A l’occasion de ses quinze ans, survenus il y a quelques mois, Wybie s’est fait percer l’oreille gauche, sans que sa grand-mère le sache. Désormais, il arbore un simple anneau argenté, qui passe relativement inaperçu sous ses boucles brunes. Ces dernières ont tant poussé en deux ans qu’il peut pratiquement cacher tout son visage derrière, ce qu’il a tendance à faire lorsqu’il en a vraiment marre de la foule. Aujourd’hui, cependant, il s’est attaché les cheveux en chignon, et Coraline doit lui avouer que ça lui va bien. De manière générale, elle n’a pas honte de dire qu’elle trouve Wybie plutôt mignon, avec son dos continuellement voûté par une cyphose, ses bégaiements intempestifs et le micro duvet qui lui couvre timidement le menton depuis quelque temps. C’est son geek maladroit rien qu’à elle, comme elle est sa peste à cheveux bleus, voilà tout.

-Tu trouves ce qu’il te faut? demande soudain Wybie, et Coraline sursaute, ne l’ayant pas vu approcher.

Avec un soupir, elle secoue la tête.

-Nan, tout est trop classique ici, bougonne-t-elle.

-Ah, alors si tu veux autre chose que du classique, je connais l’endroit idéal! s’exclame-t-il et il lui attrape tout naturellement la main pour l’entraîner dehors, et Coraline sourit, savourant la chaleur des doigts de son ami, qu’elle sent même à travers les gants qu’il porte.

Il l’emmène ainsi jusqu’à une petite boutique un peu cachée, où Coraline se sent immédiatement comme chez elle. Ici, les froufrous et les strasses se disputent la scène, sans parler des chaussures à plateformes et des collants asymétriques.

-Cet endroit est génial! s’extasie Coraline, qui ignorait l’existence d’un tel lieu dans un patelin aussi moisi.

-Je savais que ça te plairait, fredonne Wybie, et il lui lâche enfin la main pour triturer le bord de son gant. 

Coraline le regarde faire avec une certaine attention, et sent un soulagement familier l’envahir lorsqu’il tire sur le vêtement pour révéler la paume de sa main. C’est plus fort qu’elle, mais depuis son séjour dans l’Autre Monde, elle est toujours rassurée de constater que le Wybie qui l’accompagne est le vrai, pas celui qui était fait de sable, aussi gentil fut-il. Le Wybie devant elle est bien vivant et n’est pas manipulé par une espèce d’araignée anthropomorphique et anthropophage.

-Est-ce que c’est le petit Lovat? s’exclame quelqu’un depuis le fond de la boutique, et quand Coraline tourne la tête, elle tombe face à la femme la plus cool qu’elle a jamais vue.

D’une soixantaine d'années, la tête coiffée de longs cheveux argentés, l’inconnue est vêtue d’un long manteau de cuir et de gigantesques bottes à clous. A la seconde où Coraline la voit, elle sait qu’elle vient de trouver son idole pour les vingt prochaines années.

-Bonjour Mme Davis, répond Wybie avec un signe de main un peu maladroit. Vous allez bien?

-A merveille, merci! Et toi? Oh, tu as ramené une amie? Bonjour, je suis Cheryl Davis, la propriétaire de cette humble échoppe! annonce la femme, qui tend la main à Coraline, et cette dernière s’en empare avec une certaine timidité, impressionnée par l’assurance qu'irradie son interlocutrice.

-Euh… Coraline Jones, dit-elle simplement. Enchantée.

-Coraline! C’est donc toi la voisine dont Wybie me parle chaque fois qu’il vient ici? Il n’avait pas menti, tu es jolie comme un cœur!

Coraline sent le rose lui monter aux joues et lorsqu’elle ose tourner la tête vers Wybie, ce dernier a le visage écarlate et fuit son regard.

-Alors comme ça, tu me trouves jolie, Wyborne? ne peut s’empêcher de taquiner l’adolescente, et son ami rentre la tête dans les épaules, mortifié.

Quant à Mme Davis, elle laisse entendre un rire terriblement contagieux, avant de leur sourire.

-Bon, j’ai l’inventaire à faire, je vous laisse fureter en attendant. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler!

Et elle repart dans un concert de claquements de talons que Caroline trouve carrément d’enfer. Puis, n’y tenant plus, la jeune fille se lance dans la découverte de la boutique. Wybie la suit plus lentement, regardant ça et là s’il ne trouve pas quelque chose à son goût.

En moins de cinq minutes, Coraline a trouvé trois robes, un short, deux t-shirts et un collant qu’elle adore. 

-Je vais me changer, faudra me donner ton avis sur chaque tenue! dit-elle à Wybie tandis qu’elle se dirige vers les cabines d’essayage.

Quand elle en sort, vêtue de la première robe, son ami l’attend, assis dans un fauteuil, et il applaudit à tout rompre lorsqu’elle l’aperçoit.

-La première candidate va maintenant s’avancer sur scène! clame-t-il d’une voix digne d’un présentateur télé.

Coraline éclate de rire, avant de prendre un air sérieux, et commence à défiler comme un mannequin, le dos droit, la tête haute. Devant elle, Wybie continue son imitation d’un jury de concours de beauté:

-Cette robe signée Coco Chanel est une pure merveille qui sait mettre Mlle Jones en valeur, même si le vert n’est pas vraiment sa couleur!

Coraline secoue la tête, désabusée, avant de faire un tour sur elle-même. La voix de Wybie fuse aussitôt, entrecoupée de gloussements:

-Quel dommage que cette tenue lui fasse des fesses d’hippopotame!

La jeune fille se fige et tourne aussitôt la tête pour regarder le bas de son dos. Effectivement, la robe crée un relief très bizarre qui lui donne l’impression d’avoir des fesses trois fois plus grosses que d’habitude. Hilare, elle court se changer en cabine, et le défilé reprend bientôt.

Les t-shirts et le short sont très vite éliminés de la liste des choix, jugés trop simples pour participer à un événement comme la fête de fin d’année du collège d’Ashland. Wybie applaudit cependant la troisième robe, que Coraline conserve au cas où, avant d’essayer la dernière qui lui reste.

Elle enfile aussi le collant, dont la jambe droite est décorée d’un chat noir dormant dans un croissant de lune, et la jambe gauche représente un chat noir assis sur une branche, un papillon posé sur le bout du museau, le tout agrémenté de quelques motifs floraux. Quant à la robe, elle est d’un beau bleu sarcelle, avec un ruban plus foncé au niveau de la taille, et une bonne couche de tulle pour la rendre bouffante au niveau des jambes. Coraline s’observe un instant dans la glace de la cabine, dubitative. Elle n’a pas l’habitude de ce genre de tenue, mais le résultat lui plaît assez pour qu’elle ose le montrer à Wybie.

Et à la seconde où elle sort de la cabine, elle sait que c’est cette robe qu’elle portera à la fête, parce que les yeux de Wybie se mettent immédiatement à briller d’admiration et un sourire niais fleurit sur son visage, arrachant un rire un peu gêné à Coraline, qui prend quand même le temps de faire un ou deux tours sur elle-même.

-Alors? T’en dis quoi? demande-t-elle après une minute d’un silence ébahi de la part de son ami.

-Euh bah… répond bêtement Wybie, les yeux écarquillés. J’en dis qu’elle te va super bien, Jonesie. T’es… euh…

Il se tait un instant, les joues de nouveau rouges, et se remet à jouer avec ses gants, avant de réussir à bredouiller:

-T’es super belle.

Le visage de Coraline devient aussitôt brûlant et elle ne peut ravaler un sourire ravi tandis qu’elle regarde la façon dont la robe voltige au-dessus de ses genoux lorsqu’elle refait un tour sur ses pieds.

-Merci, chuchote-t-elle, un peu gênée quand même, avant de jeter un regard circulaire à l’intérieur de la boutique, cherchant quelque chose pour les sauver de l’embarras. Maintenant, il va falloir que je cherche les chaussures qui vont avec!

Wybie se lève aussitôt en tapant des mains.

-J’ai vu pile poil ce qui irait avec cette robe! dit-il avant de filer à l’autre bout du magasin, pour en revenir avec une paire de chaussures vernies, fermées d’une boucle qui passe au-dessus du pied.

Coraline s’esclaffe aussitôt:

-Tu as vu la taille de ces talons?! Je ne tiendrais jamais dessus!

Wybie, loin de se décourager, lui sourit.

-T’inquiète, c’est des talons compensés, ça se porte super facilement, dit-il en désignant le dessous des chaussures.

Le rire de Coraline s’estompe un peu et elle hausse un sourcil circonspect.

-Comment tu sais ça toi?

Wybie cligne des yeux, avant qu’il ne réalise son erreur et détourne promptement le regard. L’adolescente comprend aussitôt et la stupéfaction s’inscrit sur son visage.

-Noooooon? balbutie-t-elle, incrédule. Wybie Lovat a déjà porté des talons?

Son ami lève aussitôt les mains en signe de défense.

-C’était pour essayer! Et ils font des plateformes pour garçons, tu sais! s’exclame-t-il, honteux.

Mais, loin de se moquer, Coraline lui attrape les mains.

-Je veux voir ça, dit-elle d’un air parfaitement sérieux. Maintenant.

Wybie la fixe, abasourdi, avant de s’étrangler:

-Tu vas te payer ma tête…

-Jamais de la vie, rétorque Coraline. S’il te plaiiiiiiiiiit! Toi, tu m’as bien vue porter ce uniforme tout gris! Allez, sois sympa!

Et comme toujours, Wybie finit par céder au caprice de sa meilleure amie. Donnant les chaussures qu’il a trouvé à Coraline, il retourne au fond de la boutique pour en revenir avec des bottes semblables à celles que Mme Davis portait tout-à-l’heure. Aussi impatiente que curieuse, Coraline se laisse tomber dans le fauteuil qu’occupait Wybie, ses propres chaussures posées sur les genoux.

-Tu promets que tu ne vas pas rigoler? insiste Wybie pendant qu’il enlève ses vieilles baskets.

-Promis! confirme Coraline avec solennité.

Le garçon hésite encore un instant, puis enfile les bottes, avant de se redresser en écartant les bras de part et d'autre de son corps.

-Tadaaaaaam, marmonne-t-il sans conviction.

Coraline ouvre la bouche… et la referme aussitôt.

Elle n’y croyait pas vraiment mais… Mais les bottes à plateformes vont très bien à Wybie. Elles se marient à merveille avec l’énorme veste dont il ne se sépare pratiquement jamais -comme il n’a presque pas grandi depuis deux ans, elle lui va toujours aussi bien-, et l’ensemble lui donne une espèce de look de rockstar des années quatre-vingt. 

Coraline adore.

Et ne se gêne pas pour le dire d’un ton émerveillé:

-T’as l’air tellement cool comme ça!

Wybie la fixe sans répondre, apparemment très surpris qu’elle valide. Quand il comprend qu’elle est sérieuse, il s’éclaire d’un sourire incertain et se frotte à nouveau la nuque.

-Eh bah euh… Merci…

-Pourquoi t’en portes pas plus souvent?

-Bah… Même s’ils sont compensés, c’est pas super bon pour mon dos… C’est trop bête, parce que j’adore… En plus je me sens grand comme ça… soupire Wybie, visiblement déçu.

Coraline ne peut s’empêcher de se sentir désolée pour son ami. Sans répondre, elle essaie les chaussures qu’il lui a trouvées, avant de se lever. La sensation de hauteur la surprend un peu et elle vacille vers l’avant, mais Wybie la rattrape avant qu’elle puisse tomber, et elle le remercie d’un rire, avant de déclarer:

-Eh bien dans ce cas, je porterai des talons pour toi.

L’adolescent retrouve instantanément le sourire, à la fois touché et amusé, avant de chuchoter:

-Déjà que t’es vachement plus grande que moi mais là, je vais ressembler à un nain de jardin…

Sans qu’elle puisse s’en empêcher, Coraline répond:

-Un nain de jardin très mignon, dans ce cas.

Cette fois, ils sont deux à rougir en même temps, et se décrochent hâtivement l’un de l’autre, penauds. 

Puis Coraline jette un regard à son reflet dans le miroir et sourit. Sa tenue est parfaite.

Alors elle retourne en cabine et, le temps qu’elle se change, ne peut se retenir de suggérer:

-Tu devrais prendre ces chaussures, tu sais! Tu n’as pas besoin de les porter souvent, mais si elles te plaisent tant que ça, pourquoi t’en priver?

Un silence.

Puis Wybie répond d’une voix timide:

-Tu sais quoi? T’as raison. 

Coraline sourit.

Elle récupère ensuite les articles qu’elle compte acheter et se dirige vers la caisse, derrière laquelle Mme Davis se trouve déjà, comme si elle les avait écoutés depuis tout-à-l’heure et savait quand sa présence serait attendue.

-Vous avez trouvé votre bonheur tous les deux?

Ils hochent la tête en parfaite synchronisation et paient chacun leurs articles. A la mine émerveillée de Wybie lorsque Mme Davis lui donne la boîte qui contient ses bottes, Coraline sait qu’elle a eu raison de lui dire de les prendre.

Après ça, ils remercient la vendeuse et sortent de la boutique. Coraline, occupée à compter la monnaie qu’il lui reste, s’exclame joyeusement:

-On a pile de quoi faire une razzia à la pâtisserie, si tu veux!

Quand Wybie ne répond pas, elle lève la tête et le voit qui se dandine devant elle, tendant un petit paquet dans sa direction, l’air tout embarrassé.

-Qu’est-ce que c’est? demande l’adolescente, curieuse.

-Pour la fête, se contente de répondre Wybie.

Coraline hausse un sourcil, puis s’empare du paquet, qu’elle ouvre rapidement… pour en sortir une jolie barrette en forme de papillon bleu.

-Je me suis dit que ça irait bien avec ta robe, murmure Wybie, les joues encore et toujours écarlates.

Coraline cligne des yeux une minute, profondément touchée par un geste aussi inattendu. 

-T’aimes pas? demande Wybie, qui s’inquiète apparemment de son silence.

Sans réfléchir, Coraline lève la tête, tend le cou, et presse très brièvement sa bouche sur celle de son ami, contre laquelle elle chuchote:

-Je l’adore.

Puis elle glisse la pince dans ses cheveux, attrape une des mains de Wybie, et l’entraîne en direction de la pâtisserie.

-Allez, aujourd’hui pour le goûter, c’est éclair au chocolat! s’exclame-t-elle, le visage brûlant d’avoir osé faire une telle chose.

Wybie la suit en trottinant docilement, plus silencieux qu’une tombe. Quand Coraline trouve le courage de lui jeter un regard par-dessus son épaule, il lui offre un sourire niais, auquel elle répond timidement.

Dire qu’ils vont aller à une fête ensemble après ça…

Ça promet d’être amusant!