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I wish I were a man (yours)

Summary:

Parfois, ce que l’on désire le plus révèle ce que l’on craint de montrer aux autres… et à soi-même. Chaque geste, chaque pensée devient un miroir d'une identité, et chaque instant laisse une trace indélébile. Peur, curiosité et courage s’entrelacent, dévoilant une exploration intime où le lien humain et la vérité sur soi se découvrent entre tension, complicité et vulnérabilité.

Notes:

Ouvrez vos sens et prêtez attention aux détails, aux émotions qui flottent entre les lignes. Ce que vous lirez n’est pas seulement une histoire, mais un reflet des pensées que l’on cache, des désirs que l’on n’ose jamais confier. Laissez vos défenses de côté et observez ce qui se révèle lorsque l’on ose se montrer tel que l’on est vraiment...

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

I wish I were a man (yours)

 

La narratrice, Hanae O’Doyle, est une scientifique de l’Institut Atlas (centre de recherches biomédicales où est étudié le comportement humain et les mécanismes du corps avec rigueur et précision), rigoureuse et méthodique, qui passe ses journées dans un laboratoire silencieux, entourée d’appareils et de données.

Au milieu de ce monde de mesures et d’expériences, certaines présences échappent à sa raison : Yohanna Mayer , médecin lumineuse et douce, et Eddie Karasu, agent calme et posé, deux collègues qui semblent avoir le pouvoir d’altérer même les esprits les plus rationnels.

Chaque soir, le laboratoire se vide peu à peu, et le silence devient plus qu’une absence de bruit : il devient un espace où le temps semble suspendu, où chaque geste, chaque cliquetis d’appareil, prend une importance étrange. Hanae observe le monde comme un ensemble de mécanismes précis : réactions chimiques, pulsations, réflexes. Pourtant, face à certaines personnes, ses théories semblent perdre leur cohérence. Ainsi, c’est dans cette solitude que la narratrice note, observe et ressent, dans un monde à la fois familier et déconcertant.

 

* * *

 

Symptômes : Attachement affectif persistant malgré mes tentatives de rationalisation.

Hypothèse émise : l’amour altère les fonctions cognitives de manière similaire à une dépendance chimique.

Conclusion temporaire : Cela m'affecte plus que prévu.

 

 

Il est tard. Les lumières du laboratoire biomédical s'éteignaient une à une. Seul le bruit irrégulier des appareils perdure, ce murmure mécanique sur lequel j'adapte le rythme de mes pensées. Ce soir, il m’oppresse. Le cliquetis du stylo entre mes doigts, comme la preuve de mon inconfort. J'écris parce que parler serait indécent de ma part, et me taire en deviendrait insupportable. Cependant, coucher ces mots sur ce papier est pour moi une erreur. Une faiblesse. Et pourtant, cela persiste : j'y reviens, encore et encore.

Mes expériences sont bien plus faciles à analyser que mes propres émotions. Il me semble qu’écrire soit bien la seule méthode que je connaisse pour supporter cela et ne pas sombrer dans mes obscures pensées.

Aujourd'hui encore, j'ai observé votre sourire. Pendant la réunion, lorsque Eddie faisait un rapport de notre dernière mission de terrain pour l’Institut Atlas. Vous avez levé les yeux vers lui, avec cette douce lueur – comme toujours. Votre regard était admiratif et tendre. Et votre sourire... Oh, cela n'a duré qu'un simple instant – pourtant, il est resté gravé dans ma mémoire, comme une intense brûlure.

Je crois n'avoir pas entendu la fin de la discussion. Mon esprit a divagué. Et je n'ai su détourner mon attention de vous.

Je me suis surprise à observer la courbure de vos lèvres, et être hypnotisée par votre voix. Des détails, que je ne devrais même pas remarquer. Votre rire a résonné, avec cette chaleur qui m'envahit à chaque fois, et pendant une seconde, j'ai haï ma propre voix, trop sèche, trop tranchante et trop froide.

Je n'ai jamais su parler comme vous – moi, je suis plutôt calculatrice –, ni regarder le monde de la manière dont vous le faites : avec cette bonté et cette douceur qui rendent tout ce qu'elles touchent plus supportable.

Parfois, je me dis que vous êtes un étrange phénomène, mais je devrais, peut-être, vous en remercier. Vous êtes bien la première et seule à avoir réussi ce qu'aucune expérience n'avait pu produire : me désarmer. Je passe mes journées depuis des années à étudier la chair, comprendre ce qui nous compose et à chercher comment la contrôler.

Mais vous, Yohanna… Vous échappez à toute formule, à toute logique.

Vous êtes une lumière qui ne m’appartient pas – non, jamais –, et malgré tout, je continue à tendre ma main vers vous, comme si j’étais fascinée par ma propre perte. Je me rends compte que, chaque jour, je recherche votre présence, même la plus infime soit-elle.
Un simple éclat de votre voix suffit à tout réorganiser en moi – qui suis pourtant si inaltérable.

J’ajuste mes horaires pour croiser les vôtres, prétextant une coïncidence, mais je sais que je me mens.
Je crois que j'aimerais que vous me regardiez autrement - avec la même lumière et le même amour que vous lui offrez, à lui.

Pourtant, je sais que je n'ai aucun droit d'attendre cela de vous. Pas le moindre. Je sais bien que vos yeux ne se poseront jamais sur moi de cette manière-là, et que votre voix ne pourra briller en ma présence.
Je sais ce qu'il en est. Je vous ai observée, ai analysé cette réaction, et je la connais - mais comment y remédier ?

Vous aimez Eddie. Du plus profond de votre cœur.

Et moi, je crois que je vous aime, Yohanna. Du plus profond de mon cœur.

Cet aveu est indigne, mais je ne peux le nier ou le faire disparaître : il persiste, obstiné, irréductible.

Je sais que ce que vous aimez et désirez, ne ressemblera jamais à ce que je suis – ou serai.

Je l’ai compris depuis longtemps. Tout le monde l’a compris.

 

Et j'aurais aimé être un homme.

 

Parfois, dans le silence de mon laboratoire, cela me déchire plus que n'importe quelle autre blessure que j'ai pu étudier.

Mais je vous comprends : il est tout ce que je ne suis pas et ne serai jamais : calme, patient, lumineux, fort.

Je ne vous en veux pas pour cela : comment le pourrai-je ?

Cependant, parfois, quand je vous vois avec lui, quelque chose en moi se déchire. Comme un regret fondamental, anatomique : je voudrais seulement… être différente. Pas pour échapper à ce que je suis, non. Mais pour avoir ne serait-ce qu'une petite chance de vous plaire, que vos yeux se détournent enfin vers moi.

 

J'aurais aimé être un homme.

 

J'aurais aimé pouvoir avoir la chance d'exister dans votre champ de désir. Je voudrais être quelqu'un que vous pourriez aimer sans hésiter, et sans en avoir honte : que vos mains s’assemblent aux miennes sans trembler, que vos lèvres retrouvent les miennes avec envie, que votre regard se plonge dans le mien, et que vous cessiez enfin de me fuir.

Je ne voudrais jamais rien changer de vous, Yohanna. Absolument rien. Le monde entier pourra se réarranger, vous, n'en auriez pas besoin. Mais j'aurais voulu, moi, être façonnée autrement : un autre corps, une autre silhouette, une autre probabilité dans cette équation - à laquelle je ne trouve pas de solution. Exister à vos yeux autrement qu'en tant que juste l'ombre que je suis. Si j’avais eu ce qu’il fallait pour que vous me regardiez comme vous le regardez lui, peut-être que les choses auraient été différentes.

Peut-être alors, auriez-vous pu m'aimer ?

Vous êtes tout ce que la science ne parviendra jamais à reproduire : cette douceur dans vos gestes, la foi dans le chaos du monde.

Je pourrais passer ma vie à vous étudier et ne jamais comprendre comment vous faites pour exister ainsi, sans ces défauts humains – et j'en resterai fascinée jusqu'à la fin.

Et moi, avec toutes mes théories et mes analyses, je reste là, à trembler sur un mot que je ne sais ni prononcer ni admettre - vous le dire, oh non, je ne pourrai pas… je n'en aurais jamais le courage.

Je ne sais plus si je crois en un Dieu, car alors, lorsque je vous vois, je ne souhaite plus que croire en vous.

Mais, si un Dieu existe, il a dû bien rire en me voyant vous aimer ainsi. Pourquoi aurait-il laissé cela se faire ? Il aurait dû savoir à quel point cela était inutile et me serait déchirant… La nature a une ironie cruelle : elle m’a dotée de la lucidité pour comprendre mon mal, sans la possibilité de le guérir.

 

J'aurais aimé être cet homme, celui que vous aimez, celui vers lequel votre cœur s'est tourné.

 

Pourtant, je continue, jour après jour, à marcher vers vous – les mains gelées et le cœur brûlant.

Je sais que cette lettre ne vous parviendra jamais. Et c'est peut-être mieux ainsi. Elle sera rangée entre deux rapports – de la même façon que les autres –, comme le résultat d'une expérience échouée. Demain, je vous croiserai à nouveau et je ferai comme j'en ai l'habitude : je vous parlerai de données, d'expériences, de découvertes, de tout ce qui n'a aucune importance. Et vous, vous me sourirez, sans savoir que ce même sourire me hantera une nouvelle fois.

Ainsi, je classerai ce sentiment dans la catégorie des anomalies émotionnelles persistantes – et je feindrai d’y croire. Mais, si l'erreur devait se reproduire, je ne chercherai pas à la corriger.

J’aurai aimé être la vôtre…

 

- Hanae O’Doyle

Notes:

J’espère que cette petite fic vous a plu :D Personnellement je la trouve très douce et poétique ^^
N’hésitez pas à liker et commenter :3