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Condamnés à la Damnation

Summary:

Dick avança d’un dernier pas, qui suffit à combler la distance qui restait entre eux. Il suffirait de tendre la main pour toucher Jason, s’il voulait. Chose dont il avait été privé pendant trois ans.

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OU : Jason est rentré maintenant. Et Dick mourra plutôt que laisser son frère repartir.

Notes:

[NDT: Comme d'habitude, sauf contrindication toutes les notes sont de l'auteur original.]

✨ Hello there, lovely! ✨

Envy (envysparkler) a lâché un deuxième chapitre de unrefusable offer sur le server de whump writing il y a quelques jours et quelque part entre ça et maintenant je me suis mis en tête que je devais écrire la perspective de Dick dans cette histoire partant du principe que, moi, Selkie, je suis avant tout auteur d’« Angst with a Happy Ending » avec un penchant pour les whumps à côté lol.

En outre, j’adore les batfamily mafia AU. S’il y a quelqu’un dans vos messages tumblr qui demande des mafia AU, c’est sans doute moi lol. Bref, un grand merci à Envy pour m’avoir permis d’écrire une suite à sa délicieuse et géniale histoire !

Bonne lecture !

Work Text:

Dick avait l’intention de donner à son frère une bonne frayeur pour lui remettre les idées en place. Rappeler à Jason que sa place était ici — avec Bruce, avec La Famille — contrairement à ses convictions erronées du moment.

— Ainsi le fils prodigue vient implorer pardon.

Des moutons de poussières voltigeaient dans le bureau, traversant les rayons de soleil dans leur danse joueuse. Seule la forme de Dick jetait de l’ombre sur leurs formes fantastiques.

— Après s’être enfui et avoir refusé de revenir.

Une sensation de satisfaction l’emplit, une part de lui ronronnait à la vue de la terreur paralysante dans les yeux écarquillés de Jason. Elle apaisait et allégeait le malaise dans sa poitrine, excisant l’inquiétude que son petit frère leur avait tourné le dos sans remord ; jamais plus Jason n’aurait même l’occasion de retenter une chose pareille.

C’était jouissif dans sa nouveauté — le bruit du dos raide de Jason qui heurte le cadre de la porte, la façon dont ses talons effleurèrent la plinthe, l’accélération erratique de sa respiration, sa peur et sa culpabilité — Dick le retourna dans sa bouche et savoura ce goût. C’était délicieux.

— C’était vraiment, vraiment stupide de ta part.

En un mouvement posé et précis, il s’avança d’un pas calculé et puis d’un autre — tel un gros chat à l’affût pour le plaisir, plutôt que pour sa subsistance.

Les mots qui coulaient de sa langue étaient amers et venimeux. Il ne savait même pas si Jason l’écoutait toujours, vu qu’il apparaissait avoir cessé de respirer.

Même si Dick n’était pas du genre à s’en vanter, il savait donner un spectacle — après tout, au fond de lui il restait un forain. Forgé au creuset du Grand Chapiteau et façonné par les bas-fonds glacés de Gotham, il en avait émergé en acier trempé froid.

Bruce Wayne vivait et respirait la brutalité et la violence de la pègre, naviguant sa soif sanguinaire sans effort, mais contrairement à Dick il lui manquait un certain sens du spectacle.

C’était ce sens du spectacle dont il se servait à ce moment. Un éclair de dents, un minuscule soupçon de colère froide et impitoyable — rien qu’un spectacle. Un message.

« Ne me fais plus jamais peur comme ça. »

Craie couleur cadavre — c’était de cette teinte que Dick décrirait les lèvres immobiles mais légèrement écartées de Jason. D’horribles petits râles s’échappaient de sa bouche, de minuscules bouffées d’air, qui entraient et sortaient précipitamment sans jamais vraiment parvenir à s’étendre en une respiration complète.

Les bas-fonds de Gotham n’était pas un endroit pour les gens de la trempe de Jason — trop gentil, malgré ses efforts pour se hérisser d’airs renfrognés et de poignards. Dick avait passé bien trop longtemps à ruminer la décision d’un Jason plus jeune de s’enfuir. L’enfant avait eu à disposition tout ce dont il aurait pu jamais avoir besoin, dont il aurait pu jamais avoir envie, mais peut-être que Bruce était responsable de la décision de Jason de s’enfuir — c’était la conclusion qu’avait tiré Dick, des mois après qu’ils avaient découvert que Jason résidait avec la Ligue. Ce garçon n’aurait jamais dû être exposé aux affaires les plus sombres de la famille, certainement pas au tendre âge de 15 ans, et peut-être à aucun âge. Il y avait une qualité en Jason qui leur manquait, à eux autres. La compassion, peut-être.

Peut-être que c’était la raison pour laquelle Jason était rentré à la maison. A Gotham. Sa propre compassion.

La Ligue, par certains côtés, était pire que la semence rebelle de Gotham. Dick ne doutait pas que Jason n’avait pas eu son mot à dire sur la durée de son séjour là-bas, bien qu’il dût encore le proclamer pour sa propre défense. Quoi qu’il en soit, tout cela avait désormais peu d’importance.

Dick avança d’un dernier pas, qui suffit à combler la distance qui restait entre eux. Il suffirait de tendre la main pour toucher Jason, s’il voulait. Chose dont il avait été privé pendant trois ans. Malgré les changements dans l’apparence de son petit frère — sa taille, la largeur de ses épaules, et la fonte des rondeurs enfantines de ses joues — les traits les plus distinctifs de Jason demeuraient inchangés.

Une toute petite part de Dick, brutale et furieuse et emplie de rage — la partie qui masquait ses blessures — voulait étrangler son petit frère jusqu’à ce que la lumière s’éteigne dans ses yeux. Ce serait cathartique, raisonnait-il. Ce serait poétique ; d’arracher le cœur de Jason de la même manière qu’il l’avait fait subir à leur famille.

Cependant, la plus grande partie de son esprit repoussait aisément ces pensées et sentiments, avec le désir d’attirer brutalement Jason dans une étreinte à lui briser les os et ne jamais jamais le relâcher.

Jason était son frère adoré. Il n’y avait rien que Dick ne serait pas prêt à faire pour lui. Rien. Ils étaient une famille. L’emprisonnement était un mot trop doux pour décrire les extrémités jusqu’où Dick était prêt à aller pour garder Jason en sécurité et aux côtés de Bruce.

Dick fut traversé d’un éclair de confusion quand, sans crier gare, les joues de Jasons perdirent leur couleur. Il devint blanc comme un linge. Ses yeux roulèrent au fond de son crâne, et il s’effondra comme un chiffon, s’affaissant sur le sol comme une marionnette désarticulée.

Dick le rattrapa par réflexe, et les abaissa tout deux sur le parquet, meurtrissant ses genoux au passage.

Des aspirations asthmatiques ponctuaient l’air. Jason était à peine conscient.

Avec précaution, avec tendresse, Dick plaça son petit frère dans le creux de son bras. Peut-être qu’il était allé trop loin. Peut-être qu’il avait poussé le spectacle trop loin. Ou pas assez, protestait une part de lui.

— Chut, ça va aller, berça-t-il, injectant de la tendresse dans sa voix.

Une main se promena doucement sur l’expression tirée de Jason.

— Respire avec moi, Jaybird, respire.

Etrangement, la panique de Jason apaisa ses dernières inquiétudes.

C’était toujours le même garçon qui se réfugiait auprès de Dick quand il avait peur des monstres imaginaires sous son lit.

Jason n’avait pas encore l’âge de quitter le nid — plutôt, c’était comme s’il en était tombé et que, tout simplement, il n’avait pas trouvé le moyen de rentrer.

Enfin, les minuscules aspirations devinrent de grands halètements, comme si Jason essayait d’aspirer tout l’air de la pièce avec ses bouffées désespérées. Dick caressa son bras et écarta les boucles de cheveux qui lui tombaient dans les yeux, calant solidement son petit frère sous sa mâchoire et cédant au désir tout-puissant de bercer Jason contre lui. Il entremêla leurs doigts et se sentit immensément gratifié quand les doigts de Jason se refermèrent comme un étau d’acier, engourdissant la main de Dick par la force de sa poigne.

Au bout d’un moment, la respiration de Jason se calma et il commença à suivre les aspirations longues, lentes et méthodiques de Dick.

— Tout va bien, dit-il entre les chuchotements apaisants et les petits encouragements.

Dick ne savait pas trop à quoi s’attendre quand Jason se détendit enfin, s’affaissant dans ses bras, mais ce n’était pas à ce que son petit frère tourne son visage contre la poitrine de Dick comme un enfant.

Et autant qu’il se détestait de se laisser manipuler aussi facilement, le cœur de Dick s’envola.

Jason était de retour. Jason était à la maison, où était sa place. Avec La Famille.

S’enivrant du moment comme un pécheur, Dick passa ses doigts dans les cheveux de Jason, ignorant à quel point ils étaient gras et sales pour savourer le fait que maintenant il pouvait le faire.

Un sourire dansa sur ses lèvres.

— Tu m’as manqué, Jaybird, huma-t-il, traçant des doigts le crâne de Jason.

Il ignora poliment la petite flaque qui mouillait le bord de sa chemise.

— Tu n’as pas le droit de repartir. Peu importe si je dois aller au fin fond de l’enfer pour te ramener — rien ni personne ne peut te prendre à nous.

C’était la vérité. Mais la sorte de vérité qui traversait les tempêtes. Si Dick n’était pas déjà parfaitement conscient que Bruce ne s’arrêterait pas aux mots avec Talia Al Ghul, il serait déjà dans un avion pour la Ligue lui-même — leur dissimuler Damian constituait un crime, garder Jason était impardonnable.

Un frisson secoua le corps de Jason.

Il était encore un enfant.

Dick entendit le clic de la pendule qui s’ouvrait. Pas Jason, apparemment — à en juger par la façon dont il sursauta et se pressa encore plus dans l’étreinte de Dick.

— Aurait-on soudain découvert que le sol est plus confortable que les meubles très coûteux de cette pièce ?

Dick sourit. Pour ceux qui le connaissait mal, Bruce pourrait sembler en colère ou peut-être agacé. Mais Dick n’entendait que l’inquiétude dans la voix de son père.

Jason se raidit.

Dick s’assura de serrer une dernière fois son petit frère avant de jeter à Bruce un sourire par-dessus son épaule, lisant son expression ridée avec aisance pour lui transmettre de quoi le rassurer lui-même.

« Tout va bien ? » se lisait sur l’expression tendue de Bruce.

« Tout va bien. » répondit le sourire de Dick.

Glissant doucement ses paumes sur les épaules de Jason, il aida son petit frère à se lever.

— Coûteux ne veut pas dire utile, répliqua-t-il, jetant à Bruce un clin d’œil espiègle, sans manquer le frémissement de douleur de Jason quand il se mit sur ses pieds.

C’était attachant, vraiment, la façon dont Jason devait combattre ses propres instincts de se recroqueviller — comme un enfant, pris la main dans le pot de biscuits. Mais il y réussit, au bout d’un moment.

Bruce s’installa sur sa chaise tandis que Dick aidait Jason à se placer dans l’autre, de l’autre côté du bureau de leur père. Il dut résister à l’envie de donner à Jason une tape sur la main pour qu’il arrête de se ronger le pouce, alors même qu’il gardait avec déférence son regard sur le bureau de Bruce. Dick n’était qu’un tout petit peu inquiet qu’il s’évanouisse à nouveau, vu le degré de tension qui s’était à nouveau emparé de Jason, surtout en si peu de temps.

Ce n’est que quand Dick recula et jeta à Bruce un regard appuyé par-dessus l’épaule de son petit frère — « ne sois pas trop dur avec lui » — qu’enfin l’homme s’adressa directement à Jason.

— Jason, commença Bruce, et oh, Dick ne pouvait pas retenir le sourire qui lui monta aux lèvres. Je suis heureux que tu sois de retour.

Bruce irradiait pratiquement la joie. Il était homme de peu de mots, de mots affirmatifs et positifs ? Encore moins.

— Merci d’avoir amené Damian à la maison.

Il y avait très longtemps que Dick n’avait pas vu Bruce sourire, mais maintenant il y avait une inclination de son menton. Un tic de son sourcil. Un soulagement dans la tenue de ses épaules. Il se plaça sur le côté du bureau, dans le champ de vision de son père et de son petit frère à la fois.

— Ils… ils lui faisaient du mal, lâcha Jason, à leur surprise à tous les deux — et peut-être même à la sienne, vu le frémissement de Jason au son de sa propre petite voix. Il méritait d’être en sécurité.

Bruce avait l’air… eh bien, de ne pas trop savoir quoi répondre à ça. Abasourdi. Comme s’il n’était pas bien sûr de ce que Jason était en train d’admettre, au juste — et l’expression de Bruce aurait fait pouffer Dick, si la confession de Jason ne lui avait pas noué quelque chose de laid dans le creux de l’estomac.

— Je suis heureux que tu penses ainsi, répondit Bruce, les dents serrées, l’émotion brute visiblement coincée dans sa gorge. J’ai toujours souhaité que ma maison soit un endroit sûr pour mes enfants.

Reste, était tout ce qu’entendait Dick. Tu m’as manqué. Pourquoi es-tu parti ? Pourquoi nous as-tu abandonné ? Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Je t’aime.

En réponse, Jason se contenta d’un couinement. C’était un bruit étrangement découragé et Dick n’aimait pas cela. Il rumina là-dessus pendant que Bruce ouvrait la possibilité pour Jason de rester au côté de Damian, sous des prétextes, mais bien sûr, c’était pour le bien de Jason autant que pour celui de Damian.

Et alors, évidemment, Bruce échoua à rapporter avec tact la tentative de Damian de poignarder Tim.

— Une blessure de rien du tout, dit Dick, tâchant d’injecter de la légèreté dans sa voix tandis que le visage de Jason devenait de plus en plus grisâtre. Il a à peine eu besoin de points de suture !

Ça n’a pas aidé.

Jason s’étrangla, comme le râle d’agonie d’un train à vapeur, avant de débiter des excuses à la place de Damian qui avait ressemblaient beaucoup trop à des supplications au goût de Dick. Aucun de ses frères et sœurs ne supplieraient. Jamais.

Dick passa son bras autours des épaules de Jason. Une assurance. De quoi le rassurer en même temps qu’il procurait les mots qui allaient avec.

— Cch, Jaybird. On ne te reproche rien. D’ailleurs, Tim faisait le con, de toute façon. Je ne peux pas dire qu’il ne l’ait pas mérité.

— Il y a de meilleures façons de régler les disputes entre frères que de s’attaquer au couteau, répliqua Bruce avec un froncement de sourcil qui ne dura que quelques instants, pour se changer en léger amusement face au grognement égal et dubitatif de Dick en réponse à sa déclaration.

L’expression que Bruce tourna vers Jason pourrait être considérée chaleureuse selon toutes les normes qu’on utiliserait d’ordinaire pour juger cet homme. Son visage s’adoucit et ses traits se détendirent.

Bruce s’éclaircit la gorge.

— Bienvenue à la maison, Jaylad, dit-il.

Un bruit qui ressemblait fort à un petit gémissement s’échappa de la bouche de Jason. Dick se recula en partie, serrant brièvement l’épaule de son petit frère, tout en lui laissant de l’espace.

— Bienvenue à la maison, renchérit-il.

Une promesse. Dure, mais lisse comme du métal solide, enfoncée quelque part entre les mots.

Jason ne les quitterait plus, plus jamais, et Dick était plus que certain que son petit frère le savait quand il avait pris la décision de passer l’enceinte de Gotham. Après tout, Gotham gardait ses fils et ses filles tout aussi jalousement que Bruce.

Je t’aime, chantait le cœur de Dick tandis que ses doigts picotaient du besoin de combler la distance qu’il avait mis entre eux. Et si nous sommes condamnés à la damnation, au moins nous en ferons notre foyer.

 

 

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