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L'offre de la faucheuse
Claudia Phanthomhive n'aimait guère le voir venir chez elle sans invitation mais elle ne lui avait jamais formellement interdit l'entrée de ses demeures. Une chose que son père n'avait jamais fait non plus d'ailleurs. Il se demandait parfois si leurs ancêtres auraient fait de même s'il avait décidé de quitter plus tôt son monde pour le leur.
Les Phantomhive était une si fascinante famille. Si proche de la mort à cause de ces rois et de ces reines qu'ils servaient et qui se servaient d'eux sans le moindre scrupule. Ils mourraient pour eux. Ils tuaient pour eux. Les générations se succédaient et ils étaient peu parmi eux à oser se rebeller. Ouvertement bien sûr. Il lui avait fallu du temps pour s'en rendre compte mais les graines de la révolte existaient chez chacun d'entre eux, même chez ceux qui étaient le plus enclin à accomplir leur devoir. Ces graines étaient juste discrètes, secrètes. Il ne pouvait pas les en blâmer. Quand on avait peu de pouvoir, le prix de la rébellion était souvent bien trop lourd. C'était une chose que les Phantomhive, ces compagnons de la mort de génération en génération, semblaient avoir vite compris.
Il y avait bien sûr d'autres qualités de la famille Phantomhive qui lui avait plu. Leur intelligence. Leur imagination. Leur habilité. Ils savaient survivre. Ils savaient aussi mourir.
Mais hélas, tous les Phantomhive n'héritaient pas du génie familial. Le mari de Claudia en était le parfait exemple.
C'était un imbécile, un idiot, un simplet qui le regardait avec tellement de mépris et de dégoût. Il n'en doutait pas. Si ce crétin avait été le Chien, les demeures des Phantomhive lui auraient été interdites dans l'heure et il n'aurait pas été le seul à perdre ses entrées chez eux. Cédric Phantomhive était incapable de comprendre qu'on ne pouvait pas être un roi sombre sans l'être soi-même un peu.
Il y avait déjà eu des chiens un peu trop simples d'esprit et ceux-là ne vivaient jamais bien longtemps heureusement. Cédric, aussi, aurait bien fini par mourir et cela aurait certainement été sa femme qui aurait hérité de sa charge.
Mais le problème ne s'était pas posé. La reine actuelle avait fait son choix et ce choix n'avait pas été Cédric mais Claudia.
Hélas, lidiot qui n'était pas le Chien causait des problèmes au bas-fond et de fils en aiguille, il posait surtout problème à sa gardienne. Tout le monde le savait. C'était un crime impardonnable. Personne encore n'avait osé frapper mais un jour peut-être… Hélas, tout le monde savait aussi que personne n'oserait se débarrasser de l'abruti tant que Claudia n'en manifesterait pas le souhait.
Ce n'était pourtant pas faute d'avoir demandé.
« Je pourrais le tuer pour vous si vous le désirez… »
Ce n'était pas la première fois qu'il faisait cette offre à Claudia et comme à chaque fois qu'il la faisait, il voyait un sourire se dessiner sur les lèvres du majordome qui se tenait toujours quelques pas derrière elle.
Il n'était pas le seul à vouloir se débarrasser de ce problème.
Mais comme à chaque fois qu'il lui faisait cette offre, Claudia l'ignora et poursuivit leur échange comme si de rien n'était.
La prochaine fois peut-être… On ne savait jamais.
