Chapter Text
Novembre 2009.
Toute sa vie durant, on avait dit à Desmond que les Templiers, un jour où l’autre essaieraient de le tuer. “Tu verras”, disait son père, “le jour où tu les verras passer ta porte, il sera trop tard”. Et cet homme ne plaisantait jamais, ça, il en était certain.
C’est pourquoi il perdit le peu d’espoir qui lui restait quand il vit le dernier de ses camarades de chambre s’effondrer, une balle dans la tête.
D’autres personnes criaient derrière lui, mais leurs voix lui semblaient très lointaines. Il n’arrivait pas à détacher ses yeux de ceux de son ami, des yeux figés qui commençaient à se gorger progressivement de sang. Il remarqua vaguement que les soldats en noir devant lui se mettaient à s’avancer vers lui. Quelqu’un derrière lui attrapa son bras et l’entraîna à sa suite, il n’eut pas le temps de voir qui. Alors qu’il courait dans le couloir en évitant de trébucher sur les cadavres autant que possible, il vit que trois autres personnes l’accompagnaient dans sa course effrénée.
Une balle fusa soudain d’une direction inconnue, abattant l’un de ses camarades, puis une autre siffla à ses oreilles pour aller se ficher dans le dos d’un autre. Il entendit le dernier crier derrière lui, puis plus rien. Il était seul.
Il ne sut jamais comment il était sorti de ce bâtiment en vie. Il se souvenait avoir tué au moins trois soldats, ça, il ne l’oublierait jamais. Les visages des morts non plus. Mais le reste était à jamais perdu dans les méandres de sa mémoire. En sentant l’air frais de la nuit emplir ses poumons, il s’arrêta quelques instants, appuyé contre un mur, le souffle court. Il entendait toujours des coups de feu, mais ils étaient maintenant suffisamment lointains pour qu’il ne se sente pas en danger immédiat. Il s’efforça d’ignorer la douleur sourde qui fusait de son côté, et tenta de réfléchir aux options qui s’offraient à lui.
De toute évidence, personne ne viendrait les sauver, lui et le reste des Assassins de la base. Pendant une seconde, il pensa à ne rien faire et attendre la mort, mais ce serait une insulte à ceux qui n’avaient pas eu la chance de s’en sortir aussi longtemps que lui. Non, cela ne lui ressemblait pas. Le combat, alors, c’était tout ce qui lui restait. Il avait toujours sa lame secrète et un chargeur quasi plein de pistolet. Il pouvait marcher, voire même courir avec quelques efforts. Ces armes seraient peut-être suffisantes, couplées à beaucoup de chance…
...
“Tu es trop lent, Desmond.”
“J’ai fait de mon mieux.”
“De toute évidence, ce n’est pas suffisant.”
Desmond lutta contre les larmes qui menacèrent de monter à ses yeux, comme à chaque fois qu’il décevait son père. Alors qu’il tentait de reprendre son souffle, il vit sa mère s’approcher lentement, une expression indéchiffrable sur le visage. Il se sentait toujours plus à l’aise en sa présence.
“Il n’a que douze ans William, ménages-le un peu”, soupira-t-elle, ses grands yeux bruns tournés vers son père, qui lui lança un regard désapprobateur. “Il n’apprendra jamais si on lui passe tous ses échecs”, répondit-il sèchement.
Desmond voyait bien quelle était la direction de cette discussion, et aimerait pouvoir disparaître comme il le faisait habituellement devant ses autres instructeurs. Devant son père, il ne pouvait que baisser les yeux et attendre qu’il ait terminé de le sermonner sur l’importance de l’entraînement et de la compréhension du Crédo. Il s’était toujours fiché de ces deux choses, et cela enrageait William au point qu’il tombait parfois dans des colères noires qui le terrifiaient.
“Peu importe”, dit sa mère avec un geste de la main. “Viens Desmond, on va te trouver quelque chose à manger”. Ce dernier sourit lorsqu’elle lui adressa un clin d’oeil complice. Son père, lui, ne le gratifia de rien d’autre qu’un hochement de tête contrarié avant d’aller ranger son équipement. Sa mère posa une main sur son épaule avant de l’entraîner à sa suite, vers la maison qu’ils occupaient au sein de la ferme.
“Pourquoi Papa n’est jamais content de moi?”, se lamenta-t-il après s’être assuré que l’objet de sa complainte ne pouvait pas l’entendre. “Il est content de toi, mon fils, il est seulement peu habitué à le montrer”, répondit sa mère, avec un sourire triste. “Un jour, tu t’en rendras compte tout comme moi”, ajouta-t-elle avant d’ébouriffer ses cheveux.
Il regarda son père une dernière fois avant de passer le pas de la porte. Il n’était pas vraiment convaincu.
…
Il se traîna à travers l’enceinte des dortoirs, comme un fantôme, comme un corps vide qui se mouvait de lui-même. Il réussit à éviter les quelques agents d’Abstergo qu’il croisa, tout en essayant de conserver un rythme cardiaque normal. Son père serait incroyablement déçu de le voir aussi terrifié, mais il s’en fichait complètement. Il préféra arrêter de penser à lui.
Une heure plus tard, il était à l’extérieur de la base, et le désert s’étendait devant lui, vaste étendue vierge et froide. Il se dit que même s’il parvenait à atteindre les affleurements rocheux qu’il voyait devant lui, à quelques kilomètres, ses chances de survivre à une nuit passée en extérieur dans ce froid mordant étaient minces. Il repoussa cette idée dans un coin de sa tête, et se mit en marche. Il atteint son objectif après une nouvelle heure de marche, ralenti par ses blessures et la fatigue. Il se hissa tant bien que mal sur les rochers pour parvenir à un point en hauteur, à l’abris des regards et des tirs de sniper. Quand il se laissa tomber sur le sol poussiéreux, il regretta de ne porter que ses vêtements de patrouille. Il entoura son corps de ses bras et attendit, luttant contre le sommeil.
Les images tournaient encore dans sa tête, celles de ses amis, de ses instructeurs, des gens qu’il respectait, tous morts. Il se demanda, encore une fois, comment Abstergo avait pu les trouver et organiser une attaque sans qu’aucun des leurs ne s’en rende compte. Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues quand il réalisa qu’il venait de perdre tout ce qui définissait sa vie depuis des années. Il tenta encore une fois de repousser l’envie de se laisser mourir là, sur ce sol glacé. Ce serait facile, et sans douleur, au contraire de ce que ses camarades avaient dû connaître.
Au bout d’une heure, l’aube arrivait et il n’avait toujours pas bougé. Personne n’était encore venu pour le tuer. Il décida donc de se relever et de jeter un oeil par dessus les rochers, vers la base des Assassins qu’il trouva horriblement sombre de loin. Il vit un camion quitter le site en soulevant de la poussière derrière lui, et si la distance l’empêchait d’en être certain, il aurait juré avoir vu des corps dans sa remorque.
Alors que son rythme cardiaque s'accélérait à nouveau et qu’il avait du mal à respirer, il entendit quelques chose bouger derrière lui. Un bruit très ténu, qu’il n’aurait jamais perçu s’il n’avait pas passé des années à entraîner son ouïe. Quand il se retourna, il sortit son arme et la pointa vers la direction d’où venait le bruit, prêt à faire feu.
...
“Où étais-tu?” La voix de William était emplie de menaces qui n’attendaient qu’à être mises à exécution. Mais Desmond n’avait plus peur depuis longtemps. À l’âge de quinze ans, il avait plutôt tendance à rechercher l’affrontement, ce que sa mère déplorait. Il soupira alors que son père ne le quittait pas des yeux, attendant une réponse.
“Dans la forêt. J’avais besoin d’être seul.”
“C’est un besoin qui revient souvent en ce moment”, commenta William, sa voix fusant comme les couteaux qu’il le faisait lancer inlassablement lors de leurs séances d’entraînement
“Effect-”, commença-t-il, avant d’être coupé. “Écoute fils, je sais que cette saison est difficile, mais tu ne peux plus manquer tes leçons. J’attends de toi que tu sois plus assidu.”
C’était tout ce qu’il faisait, hein? Attendre, exiger, ordonner. “Je ne vois pas à quoi me servent ces leçons”, répondit-il, son regard se concentrant sur l’horloge accrochée au mur.
“Elles te servent à comprendre le Crédo et pourquoi nous nous battons! Tu n’as pas envie de poursuivre l’oeuvre de tes ancêtres?”, la voix de William s’était enflammée d’une passion qui ne s’emparait de lui que lorsqu’il parlait de la Confrérie. “Tu es mon fils, c’est ton devoir.”
Desmond sentit son poing se serrer. “Non.”
“Comment ça non?”
“Non, ce n’est pas mon devoir. C’est ce que tu as décidé que je ferais. On nous répète toute la journée que les Assassins défendent le libre-arbitre, mais aucun de nous n’a choisi d’être ici! On ne nous a jamais demandés notre avis, ni à moi ni à eux!”
William le regardait, surpris, silencieux pour une fois dans sa vie. Ses sourcils se fronçaient progressivement, et Desmond voyait bien qu’il était en train de perdre son calme olympien. Comme il avait quinze ans et était stupide, il en remit une couche. Parce qu’il en avait assez.
“Alors maintenant je vais te le donner, mon avis.” Quand il finit cette phrase, William se leva de son fauteuil. Il ne se décontenança pas. “Je me fous du Crédo. Des Templiers et de notre soi-disant lutte. Tout ce que je vois, c’est une bande de fermiers vivants en marge de la société à cause des délires que tu leur as enseignés!”
Il ne ressentit pas vraiment de douleur lorsque le poing de son père entra en collision avec sa mâchoire. Il sentit l’impact, qui le projeta au sol, mais la douleur n’arriva que bien après. Il était en train de se relever, prêt à en découdre avec la personne qu’il rêvait de frapper depuis des années, quand sa mère se précipita dans la pièce, ayant assisté à la scène depuis l’extérieur.
“William!” Le choc dans sa voix fut suffisant pour ramener Desmond à la réalité. “Qu’est-ce que tu viens de faire? C’est notre fils! Tu ne peux pas lever la main sur lui!”
Desmond connaissait sa mère. Il sentait quand elle était sur le point de pleurer. William la regarda un instant, une expression peinée sur le visage, et quitta la pièce en vitesse, attrapant une veste au passage. Une fois qu’il eut claqué la porte, les larmes commencèrent à couler sur le visage de sa mère.
…
L’homme qui apparut ne ressemblait pas vraiment à un agent d’Abstergo.
“Il y a quel-”. L’homme s’arrêta en pleine phrase quand il vit Desmond le tenir en joue. Il leva aussitôt les mains en l’air tout en le regardant dans les yeux. Il ne semblait pas alarmé ou inquiet par cette situation.
“Je ne vais pas te faire de mal, tu peux baisser ton arme. T’es un Assassin, c’est ça? Moi aussi”, et il montra l’insigne cousu sur la manche de sa veste. Desmond put voir que c’était effectivement le symbole de la Confrérie. Il ne baissa pas son pistolet pour autant. Cela ne parut pas décontenancer l’homme. Il semblait avoir quelques années de plus que lui, peut-être ving-cinq ans. Il était blond, et plutôt grand.
“Je m’appelle Clay, et toi?”, demanda-t-il. Desmond voyait très bien ce qu’il essayait de faire: gagner sa confiance, mais après ce qu’il venait de vivre il n’était pas aussi enclin à la donner que d’habitude.
“Desmond”, finit-il par répondre, avec une voix enrouée. Ses mains commencèrent à trembler. L’homme, Clay, parut réagir en entendant son nom, comme s’il le reconnaissait, mais il ne commenta pas.
“D’accord, Desmond. Ma cellule a été envoyée pour récupérer les survivants de l’attaque qui a eu lieu il y a quelques heures. Est-ce que tu sais si d’autres ont survécu? D’autres étaient avec toi quand tu t’es échappé?”
“Non...ils-”, les mots restèrent coincés dans sa gorge. Ils prit une grande inspiration et reprit. “Je crois qu’ils sont tous morts”. Sa voix se brisa et il devenait difficile pour lui de tenir son arme dans ses mains.
Clay dût comprendre ce qui était en train de passer, car il se précipita vers lui pour le soutenir quand ses jambes se dérobèrent sous lui. Il accompagna sa chute en faisant en sorte qu’il n’agrave pas ses blessures, puis, une fois qu’ils furent tous les deux assis sur le sol, il saisit l’arme de Desmond pour la poser non loin d’eux. Celui-ci se laissa faire, n’ayant plus la force de résister. Clay posa alors une main sur son épaule et le força à rencontrer son regard. Cela demanda un effort de concentration considérable, mais Desmond s’exécuta. Ses yeux étaient d’un bleu très clair, et évoquaient l’eau d’un ruisseau de montagne.
“Tu es blessé. Je peux jeter un oeil?”, demanda-t-il. Desmond hocha la tête. Il attendit que l’autre homme inspecte son côté, passant et appuyant ses mains sur le tissu recouvrant la chair meurtrie. “Je crois que tu as une côte cassée”, commença Clay. “À part ça, quelques égratignures. Tu te sens capables de marcher?”.
Desmond le regarda comme s’il venait de dire une énormité. À ses yeux, c’était le cas. Clay dut voir son incertitude, et son regard s’adoucit. “Je peux t’aider à te déplacer. J’ai un quad à quelques centaines de mètres d’ici. Mais tu vas devoir me faire confiance.”
Ses paroles parurent sortir Desmond de sa torpeur. Une échappatoire, c’était ce qu’il entendait dans ces mots. Clay lui parut soudain beaucoup plus fiable qu’il ne l’avait envisagé.
“D’accord. Je te suis.” L’autre homme lui sourit, et l’aida à se relever. Ils progressèrent presque aussi lentement qu’il ne l’avait fait avant d’arriver dans les rochers, la douleur due à ses blessures s’étant réveillée après la retombée d’adrénaline. Il s’accrochait au bras de Clay comme à une bouée de sauvetage, tandis que ce dernier scrutait leurs alentours d’un air méfiant, à la recherche d’agresseurs.
“Ton nom de famille ne serait pas Miles, par hasard?”, interrogea Clay, probablement pour détendre l’atmosphère. Desmond eut un rictus: il n’avait donc pas rêvé cette impression d’être déjà connu. “Si. Je présume que tu connais mon père?”
Clay rit doucement. “Comment tu le sais?”
“Tu n’aurais pas posé cette question sinon.” Cette phrase marqua la fin de leur conversation, puisqu’ils arrivèrent en vue du quad dont avait parlé Clay. Les environs étaient toujours calmes, ce qui le rassurait et l’inquiétait tout à la fois. Son compagnon de fortune l’aida à monter sur le véhicule, et il grimaça quand ses muscles protestèrent.
“Notre avion est à un quart d’heure d’ici. Il y a un médecin à bord, il pourra s’occuper de toi.” Desmond acquiesça. “Tu peux te tenir ici”, ajouta Clay en lui désignant des poignées de chaque côté de l’engin.
Le trajet fut éprouvant quoique court. Chaque secousse mettait Desmond et sa côte cassée au supplice, et la fatigue l’empêchait de pouvoir s’accrocher correctement et ne pas subir les irrégularité de la route- qui n’en était pas une. Il s’efforça de ne pas regarder en direction de la base des Assassins, afin de ne pas rendre le moment encore plus difficile à traverser.
Au bout de ce qui lui parut être une éternité, l’avion dont avait parlé Clay se dévoila à leur vue.
…
“Tu penses que je serai plus heureux là-bas?”
Sa mère hocha la tête. Elle semblait fatiguée, bien plus qu’à l'accoutumée. “Ce sera un nouveau départ pour toi. Ton père a dépassé les bornes, mais tu ne le ménages pas non plus. Je pense que vous avez tous les deux besoin d’un peu de temps éloignés l’un de l’autre.”
Il baissa la tête. Et elle alors?
“Cette base est gérée par des gens compétents, tu y seras en sécurité. Et tu t’y feras des amis, j’en suis certaine.” Elle ébouriffa ses cheveux, comme elle le faisait sans cesse depuis qu’il était petit. Ils étaient maintenant trop courts pour que cela ait un réel effet, mais elle n’allait pas abandonner ce geste maternel pour autant. “Tu vas me manquer, mon fils”. Ils s’étreignirent longuement.
Si Desmond avait su qu’il ne reverrait pas sa mère avant six longues années, il aurait peut-être reconsidéré son choix. Mais cela, il ne le réalisa que bien des mois plus tard. Ce jour-là, son père et lui avaient échangé un dernier regard entendu avant qu’il ne monte dans la voiture qui allait l’emmener loin de chez lui.
...
“C’est le seul survivant que tu as pu trouver?”
“Oui, malheureusement. J’étais sur le point de rentrer quand je suis tombé sur lui”, répondit Clay en regardant Desmond, qui était assis sur l’une des banquettes de l’intérieur de l’avion, emmitouflé dans une couverture, les yeux rivés au sol. “Il avait l’air complètement terrifié. Je ne sais pas comment il a fait pour se sortir vivant de l’attaque, mais il doit être doué”.
“Ou très chanceux”, dit le pilote, un homme appelé Nicolas. Clay ne trouva pas cela drôle. “C’est le fils de William”, finit-il par lâcher. Les autres le regardaient, ébahis, quand une voix retentit depuis la radio du cockpit.
“ Les autres équipes ont pu trouver une dizaine de survivants, mais ils sont tous déjà partis en hélicos parce qu’ils devaient recevoir des soins d’urgence. Vous pouvez partir. ”
Clay s’éloigna de l’équipe alors qu’ils commençaient à s’affairer pour faire décoller l’avion et enfin quitter cet endroit dont le sol était maintenant imbibé de sang. Il se dirigea vers Desmond, qui se tenait toujours au même endroit, au fond de la cabine, au calme. Il lui lança un regard triste mais intrigué lorsqu’il s’assit près de lui.
“Comment va ta côte?”, s’enquit-il après quelques secondes de silence.
“J’ai connu pire”, répondit Desmond à voix basse. “Ça ira.” Clay hocha la tête, et le silence s’installa de nouveau entre eux.
“Merci”, dit enfin Desmond, qui avait pivoté son buste vers lui malgré les instructions du médecin de ne pas bouger. Clay le regarda, dérouté. “Merci pour quoi?”.
“Pour m’avoir sauvé. Sans toi je serais mort de froid là-bas.”
Le blond ne répondit pas tout de suite. Il n’avait fait que remplir sa mission, rien de plus. Il n’attendait pas de remerciement. “C’est rien”, finit-il par répondre. “Ton père aura hâte de te voir quand on sera arrivé”.
Desmond ferma les yeux. “J’en suis sûr. Je ne l’ai pas vu depuis six ans.”
“Je sais”, dit Clay.
“On dirait que tu en sais beaucoup sur moi.”
“Tout le monde sait qui tu es dans la Confrérie”, répondit Clay avec un petit rire. “Mais c’est vrai que la chose n’est pas réciproque. Tu voudrais que je répare cette injustice?”, demanda-t-il avec un rictus. Desmond hocha la tête avec un sourire timide, le seul qu’il avait esquissé depuis que Clay l’avait trouvé.
Alors qu’ils sentaient l’avion décoller, Clay lui parla de sa vie en espérant l’empêcher de penser au fait que c’était la dernière fois qu’il voyait l’endroit qui avait été son foyer pendant six ans. Il lui raconta comment il avait été recruté deux ans plus tôt par William, et comment il avait pu réussir à fuir son père abusif. Comment il s’était fait des amis dans la Confrérie, en ajoutant qu’il pourrait les lui présenter. Desmond écouta avec attention, heureux de pouvoir penser à quelque chose de positif pendant quelques dizaines de minutes.
“Où est-ce qu’on va?”, demanda Desmond au bout d’une heure. Il n’avait pas osé poser la question jusqu’ici. “Dans un port secret sur la côte. L’Altaïr II nous y attend”, répondit Clay.
Desmond soupira. Il avait entendu parler du navire qui servait de base mobile aux Assassins, mais il n’avait jamais pu le visiter, le Conseil s’y étant installé après son départ de la ferme. Le moment était donc venu pour lui de revoir son père, après six ans de séparation salvatrice.
“On atterrit dans cinq minutes”, entendit-il le pilote marmonner depuis son poste. Clay lui posa une main rassurante sur l’épaule.
“Ça va bien se passer, tu verras.”
